LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · XVII
Après avoir longtemps erré sur le rivage
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 17 sur 193·Livre complet →
Après avoir longtemps erré sur le rivage,
Où l’on voit lamenter tant de chetifs de Court,
Tu as attaint le bord où tout le monde court,
Fuyant de pauvreté le penible servage.
Nous autres cependant, le long de ceste plage,
En vain tendons les mains vers le Nautonier sourd,
Qui nous chasse bien loin : car, pour le faire court,
Nous n’avons un quatrin pour payer le naulage.
Ainsi donc tu jouys du repos bien-heureux,
Et comme font là-bas ces doctes amoureux,
Bien avant dans un bois te perds avec ta dame.
Tu bois le long oubli de tes travaux passez,
Sans plus penser en ceux que tu as delaissez,
Criant dessus le port, ou tirant à la rame.