LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · XXI
Comte, qui ne fis onc compte de la grandeur
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 21 sur 193·Livre complet →
Comte, qui ne fis onc compte de la grandeur,
Ton Dubellay n’est plus : ce n’est plus qu’une souche
Qui dessus un ruisseau d’un dos courbé se couche,
Et n’a plus rien de vif, qu’un petit de verdeur.
Si j’escri quelquefois, je n’escri point d’ardeur,
J’escri naïvement tout ce qu’au cœur me touche,
Soit de bien, soit de mal, comme il vient à la bouche,
En un stile aussi lent que lente est ma froideur.
Vous autres ce pendant peintres de la nature,
Dont l’art n’est pas enclos dans une portraicture
Contrefaictes des vieux les ouvrages plus beaux.
Quant à moy, je n’aspire à si haute louange,
Et ne sont mes portraicts auprès de vos tableaux,
Non plus qu’est un Janet auprès d’un Michel ange.