LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · XXIX
Je hay plus que la mort un jeune casanier
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 29 sur 193·Livre complet →
Je hay plus que la mort un jeune casanier,
Qui ne sort jamais hors, sinon aux jours de feste,
Et craignant plus le jour qu’une sauvage beste,
Se fait en sa maison luy mesme prisonnier.
Mais je ne puis aymer un vieillard voyager,
Qui court deçà delà, et jamais ne s’arreste,
Ains des pieds moins leger, que leger de la teste,
Ne sejourne jamais non plus qu’un messager.
L’un sans se travailler en seureté demeure,
L’autre qui n’a repos jusques à temps qu’il meure,
Traverse nuit et jour mille lieux dangereux :
L’un passe, riche et sot, heureusement sa vie,
L’autre plus souffreteux qu’un pauvre qui mendie,
S’acquiert en voyageant un sçavoir malheureux.