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LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · XXVIII

Quand je te dis adieu, pour m’en venir ici

Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 28 sur 193·Livre complet →

Quand je te dis adieu, pour m’en venir ici,

Tu me dis (mon Lahaye), il m’en souvient encore :

Souvienne toy, Bellay, de ce que tu es ore,

Et comme tu t’en vas retourne t’en ainsi.

Et tel comme je vins, je m’en retourne aussi :

Hormis un repentir qui le cœur me devore,

Qui me ride le front, qui mon chef decolore,

Et qui me fait plus bas enfoncer le sourci.

Ce triste repentir, qui me ronge, et me lime,

Ne vient (car j’en suis net) pour sentir quelque crime,

Mais pour m’estre trois ans à ce bord arresté :

Et pour m’estre abusé d’une ingrate esperance,

Qui pour venir ici trouver la pauvreté,

M’a fait (sot que je suis) abandonner la France.