Classiques.app

LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · XXXVI

Depuis que j’ay laissé mon naturel sejour

Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 36 sur 193·Livre complet →

Depuis que j’ay laissé mon naturel sejour,

Pour venir où le Tibre aux flots tortus ondoye,

Le ciel a veu trois fois par son oblique voye

Recommencer son cours la grand’lampe du jour.

Mais j’ay si grand desir de me voir de retour,

Que ces trois ans me sont plus qu’un siege de Troye,

Tant me tarde (Morel) que Paris je revoye,

Et tant le ciel pour moy fait lentement son tour.

Il fait son tour si lent, et me semble si morne,

Si morne, et si pesant, que le froid Capricorne

Ne m’accourcit les jours, ni le Cancre les nuicts.

Voilà (mon cher Morel) combien le temps me dure

Loin de France et de toy, et comment la nature

Fait toute chose longue avecques mes ennuis.