LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · XXXV
La nef qui longuement a voyagé (Dillier)
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 35 sur 193·Livre complet →
La nef qui longuement a voyagé (Dillier)
Dedans le sein du port à la fin on la serre :
Et le bœuf qui long temps a renversé la terre,
Le bouvier à la fin lui oste le collier :
Le vieil cheval se voit à la fin deslier
Pour ne perdre l’haleine, ou quelque honte acquerre :
Et pour se reposer du travail de la guerre,
Se retire à la fin le vieillard chevalier :
Mais moy, qui jusqu’ici n’ay prouvé que la peine,
La peine et le malheur d’une esperance vaine,
La douleur, le soucy, les regrets, les ennuis,
Je vieillis peu à peu sur l’onde Ausonienne,
Et si n’espere point, quelque bien qui m’advienne,
De sortir jamais hors des travaux où je suis.