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BRETAGNE.

VIII

Par les champs et par les grèves, Gustave Flaubert (1886)·Texte intégral, partie 8 sur 17·Livre complet →

Penmarc’h. — Église du commencement du xvie siècle ; original porche de l’entrée principale ; deux portes jumelles en plein cintre ornées ; niche longue, élégante, à couronnement dentelé ; tête de cheval à gauche ; un homme qui se cramponne. — Entrée latérale charmante comme goût, on y sent un fumet du xvie siècle allié à l’élément indigène ; deux portes jumelles du même genre, mais plus gracieuses encore ; à gauche, un médaillon représentant un homme qui embrasse une femme, la femme se défend. — Intérieur plein d’oiseaux qui chantent. À notre seconde visite, ce matin, un oiseau a passé au milieu de la nef en volant. Ogives, médaillons à sculptures robustes, représentant des têtes ou des bonshommes. — Dans le chœur un saint en bois coloré, relevant le bras droit ; manteau découpé, fenêtres divisées en fleurs dans la chapelle derrière l’abside. — Restes d’un ossuaire en pierre dans le cimetière, avec deux petites têtes de mort sculptées dans un angle extérieur.

Kérity. — Rochers en vue, marais avec des criques que la marée montante remplissait. — Restes d’une belle église des Templiers, pure, sobre, niches charmantes dans le goût de celles de Penmarc’h. La nef n’a qu’un côté latéral, pas de transept. Autel en pierre. Au fond ogive avec trois divisions dans la fenêtre. — Il reste une tour sur le côté droit du portail, nous sommes montés. Campagne plate, la mer, les moulins qui tournaient, vent. — Conversation avec les marins. — Un vieux nous a dit qu’il n’avait vu dire la messe en mer (un autre nous avait dit le contraire) sur les ruines d’Ys, car ils placent Ys ici. Les gens nous ont prétendu qu’on voyait encore des pierres taillées comme s’il y avait eu une ville. — Homard. — Dans le cimetière de Penmarc’h, fût d’une croix avec des bouts de branches coupées, ce qui est un élément indigène constant et très remarquablement caractéristique.

La Torche. — Crevasse. Grand rocher comme un peulvan, vagues retombant en cascade ; autour elles couraient.

White Norse. — Désert pour aller à Plouvan, immense plaine d’un vert pâle, sables, ondulations du terrain. — Hutte aux canards sauvages où nous nous sommes assis ; des oiseaux noirs au ventre blanc volaient en tournant et criaient sur notre tête ; solitude complète ; la mer à gauche. — Troupeau noir de moutons sautant par-dessus un enclos. — Nous passons dans des cours où les chiens aboient. — Bras de mer. — Marais. — M. Bataille a été à Louviers, a été dans l’Inde, à Waterloo, a fait la course, a été douanier et est maintenant retraité : histoire pour un quarteron tu en as une livre. Histoire du ..... envoyé dans un boulet ; il cassera la gueule à quelqu’un. Retraite de Russie ; le grenadier auquel il avait refusé le feu mort au coin de son feu ; il lui prend sa culotte. Les poux appelés Napoléons de Pologne. — L’instituteur primaire nous désillusionne sur la vertu des Bretonnes ; les filles se cotisent pour payer à boire aux garçons afin d’avoir un cavalier pour la danse. — Grogs. — Nous sympathisons avec un cordonnier. — Soupçon de l’hôtesse sur l’immoralité de mon ami.

De Plouvan à Audierne, au bord de la mer en laissant une chapelle à droite. — Route qui serpente suivant les sinuosités de la côte. — Désert, la mer, la mer, le vent. — Le médecin à cheval en houseaux. — Paysans travaillant le varech ; leurs vêtements bruns sur les rochers verts. — À droite, montagnes de sable et de craie ; couleur blanche, la mer bleue verte ; le ciel roulant des nuages, très bleu par places ; le sentier serpentant devant nous au loin suivant l’ondulation des terrains, comme une tramée blanche sur le fond vert pâle de la terre ; sables à traverser ; moulin.

Audierne. — Obligés de faire le tour de la baie. — Église : sous un porche latéral un monstre marin, une figure grotesque ; un bateau sur la façade, mais moderne et non pas chiqué comme à Penmarc’h. — Le soir nous nous promenons sur le sable si beau que nous avons regret d’y marcher, en parlant de 7 millions de rentes. La mer verte foncée par l’effet d’une côte verte qui se reflétait dessus ; plus près de nous bleue ; nuages de nacre et de poussière d’or pâle. Du côté plus chargé un nuage noir sur une touffe d’arbres verts s’avançait en s’élargissant.

D’Audierne à Plougoff (samedi 19). — D’abord la grande route qui monte ; arbres à droite. — Un monsieur à cheval et orné de longs cheveux, que nous arrêtons pour savoir notre route, nous conseille d’aller au pardon de Saint-Hugin à Premelin. — Baraque en toile. — En attendant vêpres nous allons nous asseoir au bord de la mer. — Église : statues décapitées ; porche latéral tout peint. — Dans la baraque, assis sur une planche posée sur deux pierres, nous causons avec des paysans (le grand qui me donne 45 ans, cheveux gris, frisé ; celui à côté de Max tout noir ; effet bouffant du bragow-brass en le voyant assis devant moi ; ils admirent nos pipes, nos couteaux) et un matelot qui tenait l’établissement. — Nous nous perdons. Village désert, chiens aboyant ; personne ne parle français. — Soleil sur le fumier et dans les chemins effondrés, desséchés.

À l’entrée de Plougoff, le médecin, l’hôtel ! — Grandes ondulations arides et augmentant d’aridité en s’approchant de la pointe du Raz. Touffes de joncs marins très courts, le sol est pelé par places. Nous traversons deux villages noirs de crasse. — Une croix en pierre. — Moulin. — Enfant manchot de naissance qui nous demande l’aumône, il nous suit ; un douanier lui explique d’être notre guide. Muet, il nous précède. — Ciel bleu, cormorans. — Nous allons par le côté droit. Trou satanique, bouleversements, replis, indescriptible couleur des roches sous-marines. L’homme n’est pas fait pour vivre là, pour supporter la nature à haute dose. Ce n’est pas un rocher, mais une agglomération de rochers ; la terre a passé entre, herbe courte et glissante. La roche devient de plus en plus sèche, la crête aiguë s’abaisse vers la pointe. — Nous revenons par le versant gauche, la pente est moins à pic, et la vigueur du précipice est un peu atténuée par la dégradation des roches qui le garnissent. L’enfant est obligé de mettre son bras pour que je passe dessus. — Revenus nous fumons assis. — À droite, à l’entrée de la Baie des Trépassés, rocher debout, couvert de mouettes, elles voltigent, crient, montent et s’entre-croisent ; l’enfant jette des pierres ; une barque se balance. — Religiosité de notre hôtesse. — Toujours la soupe au lait et les œufs. — Nuit bivouaquée.

De Plougoff À Pontcroix. — Paysans se rendant au pardon de Saint-Hugin qui guérit et préserve de la rage. — Près de Pontcroix nous retrouvons notre gaillard d’hier. — Gendarmes qui nous demandent nos passeports sur notre mauvaise mine. — Violent déjeuner à Pontcroix. — L’aubergiste officier de santé. — Costumes. — Férocité d’un tailleur qui nous mène à Douarnenez ; son char à bancs et le poulet du père Bataille sont les deux choses les plus dures que j’aie encore subies.

Douarnenez. — Temps gris, nuageux, brouillardé, maisons basses, rues désertes, pays pauvre et triste ; à droite, sur le sable, bout de falaise avec de la verdure et des herbes qui pendaient. — L’île Tristan en face ; grand mur blanc. Du cultivateur qui l’habite ; air morose de l’ensemble qui va à ce vieux Fontepelle.

De Douarnenez à Crozon. — Interminable route en carriole, mais dont la longueur est atténuée par un sommeil à peu près continuel.

Crozon. — M. de Saint Amour, sa nièce. — M. Grand. — Violence de l’habit du père Renoult allant au dîner de noces rendu par le notaire. — Le gamin tout nu s’habillant dans un couloir. — Le soir, visite au cimetière.

Morgat. — Le village à droite. — Barques tirées sur le galet comme à Étretat. — Grottes : les petites qu’on voit à pied sec, trois, une avec deux arches, une autre où il y a une espèce d’alcôve basse ; la grande grotte, on y va en bateau. À l’entrée l’eau découle d’en haut, transparence de l’eau, la grotte n’est pas droite, mais fait des courbes ; un petit rocher au milieu. La teinte des rochers est jaune, gris de fer, rouge, etc., et tout cela sans transition suivant les tranches de la pierre. La barque roulait à la godille, on se sentait entraîné vers un royaume nacré, étrange, comme dans un couloir magique ; c’est la magie de la nature. Plafond diversement colorié.

Landonadec. — Lierres sur pans de murs. — Nos fouilles au dolmen. — Anse de Dinant. — Morts dans le sable, os calcinés par iceluy : on les a retrouvés les bras droits le long du corps, la face au ciel, les pieds vers la mer. — La mer, bleu foncé. — Le sable tout blanc et sec sous le soleil. — Campagne large et nue à couleur rousse pâle.

Ce sommaire a été développé par Maxime Du Camp.