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Livre huitième

Le Cochon, la Chèvre et le Mouton

Fables, Jean de La Fontaine (1668)·Texte intégral, fable 156 sur 245·Livre complet →

Une Chèvre, un Mouton, avec un Cochon gras,

Montés sur même char, s’en allaient à la foire.

Leur divertissement ne les y portait pas ;

On s’en allait les vendre, à ce que dit l’histoire :

Le charton n’avait pas dessein

De les mener voir Tabarin,

Dom Pourceau criait en chemin

Comme s’il avait eu cent bouchers à ses trousses :

C’était une clameur à rendre les gens sourds.

Les autres animaux, créatures plus douces,

Bonnes gens, s’étonnaient qu’il criât au secours ;

Ils ne voyaient nul mal à craindre.

Le charton dit au Porc : « Qu’as-tu tant à te plaindre ?

Tu nous étourdis tous : que ne te tiens-tu coi ?

Ces deux personnes-ci, plus honnêtes que toi,

Devraient t’apprendre à vivre ou du moins à te taire :

Regarde ce Mouton ; a-t-il dit un seul mot ?

Il est sage. – Il est un sot,

Repartit le Cochon : s’il savait son affaire,

Il crierait, comme moi, du haut de son gosier ;

Et cette autre personne honnête

Crierait tout du haut de sa tête.

Ils pensent qu’on les veut seulement décharger,

La Chèvre de son lait, le Mouton de sa laine :

Je ne sais pas s’ils ont raison ;

Mais quant à moi qui ne suis bon

Qu’à manger, ma mort est certaine.

Adieu mon toit et ma maison. »

Dom Pourceau raisonnait en subtil personnage :

Mais que lui servait-il ? Quand le mal est certain,

La plainte ni la peur ne changent le destin ;

Et le moins prévoyant est toujours le plus sage.