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Livre neuvième

Le Singe et le Chat

Fables, Jean de La Fontaine (1668)·Texte intégral, fable 188 sur 245·Livre complet →

Bertrand avec Raton, l’un singe et l’autre chat,

Commensaux d’un logis, avaient un commun maître.

D’animaux malfaisants c’était un très bon plat :

Ils n’y craignaient tous deux aucun, quel qu’il pût être.

Trouvait-on quelque chose au logis de gâté ?

L’on ne s’en prenait point aux gens du voisinage :

Bertrand dérobait tout ; Raton, de son côté,

Était moins attentif aux souris qu’au fromage.

Un jour, au coin du feu, nos deux maîtres fripons

Regardaient rôtir des marrons.

Les escroquer était une très bonne affaire :

Nos galants y voyaient double profit à faire ;

Leur bien premièrement, et puis le mal d’autrui.

Bertrand dit à Raton : « Frère, il faut aujourd’hui

Que tu fasses un coup de maître ;

Tire-moi ces marrons. Si Dieu m’avait fait naître

Propre à tirer marrons du feu,

Certes marrons verraient beau jeu. »

Aussitôt fait que dit : Raton, avec sa patte,

D’une manière délicate,

Écarte un peu la cendre, et retire les doigts,

Puis les reporte à plusieurs fois,

Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque ;

Et cependant Bertrand les croque,

Une servante vient : adieu mes gens. Raton

N’était pas content, ce dit-on.

Aussi ne le sont pas la plupart de ces princes

Qui, flattés d’un pareil emploi,

Vont s’échauder en des provinces

Pour le profit de quelque roi.