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Livre cinquième

Les oreilles du Lièvre

Fables, Jean de La Fontaine (1668)·Texte intégral, fable 86 sur 245·Livre complet →

Un animal cornu blessa de quelques coups

Le Lion, qui plein de courroux,

Pour ne plus tomber en la peine,

Bannit des lieux de son domaine

Toute bête portant des cornes à son front.

Chèvres, béliers, taureaux, aussitôt délogèrent ;

Daims et cerfs de climat changèrent :

Chacun à s’en aller fut prompt.

Un lièvre, apercevant l’ombre de ses oreilles,

Craignit que quelque inquisiteur

N’allât interpréter à cornes leur longueur,

Ne les soutînt en tout à des cornes pareilles.

« Adieu, voisin Grillon, dit-il ; je pars d’ici :

Mes oreilles enfin seraient cornes aussi,

Et quand je les aurais plus courtes qu’une autruche,

Je craindrais même encore. Le Grillon repartit :

« Cornes cela ? Vous me prenez pour cruche ;

Ce sont oreilles que Dieu fit.

– On les fera passer pour cornes,

Dit l’animal craintif, et cornes de licornes.

J’aurai beau protester ; mon dire et mes raisons

Iront aux Petites-Maisons. »