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Livre sixième

Le Soleil et les Grenouilles

Fables, Jean de La Fontaine (1668)·Texte intégral, fable 115 sur 245·Livre complet →

Aux noces d’un tyran tout le peuple en liesse

Noyait son souci dans les pots.

Ésope seul trouvait que les gens étaient sots

De témoigner tant d’allégresse.

Le Soleil, disait-il, eut dessein autrefois

De songer à l’hyménée.

Aussitôt on ouït, d’une commune voix

Se plaindre de leur destinée

Les citoyennes des étangs.

« Que ferons-nous, s’il lui vient des enfants ?

Dirent-elles au Sort : un seul Soleil à peine

Se peut souffrir ; une demi-douzaine

Mettra la mer à sec et tous ses habitants.

Adieu joncs et marais : notre race est détruite ;

Bientôt on la verra réduite

À l’eau du Styx. » Pour un pauvre animal,

Grenouilles, à mon sens, ne raisonnaient pas mal.