Classiques.app

Livre douzième

Un Fou et un Sage

Fables, Jean de La Fontaine (1668)·Texte intégral, fable 240 sur 245·Livre complet →

Certain Fou poursuivait à coups de pierre un Sage.

Le Sage se retourne, et lui dit : « Mon ami,

C’est fort bien fait à toi, reçois cet écu-ci.

Tu fatigues assez pour gagner davantage ;

Toute peine, dit-on, est digne de loyer :

Vois cet homme qui passe, il a de quoi payer ;

Adresse-lui tes dons, ils auront leur salaire. »

Amorcé par le gain, notre Fou s’en va faire

Même insulte à l’autre bourgeois.

On ne le paya pas en argent cette fois.

Maint estafier accourt : on vous happe notre homme,

On vous l’échine, on vous l’assomme.

Auprès des Rois il est de pareils fous :

À vos dépens ils font rire le maître.

Pour réprimer leur babil, irez-vous

Les maltraiter ? Vous n’êtes pas peut-être

Assez puissant. Il faut les engager

À s’adresser à qui peut se venger.