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PREMIÈRES MÉDITATIONS POÉTIQUES.

XXXIII – LE CHRÉTIEN MOURANT.

Méditations poétiques, Alphonse de Lamartine (1820)·Texte intégral, poème 33 sur 41·Livre complet →

Qu’entends-je ? autour de moi l’airain sacré résonne !

Quelle foule pieuse en pleurant m’environne ?

Pour qui ce chant funèbre et ce pâle flambeau ?

Ô mort ! est-ce ta voix qui frappe mon oreille,

Pour la dernière fois ? Eh quoi ! je me réveille

Sur le bord du tombeau !

Ô toi, d’un feu divin précieuse étincelle,

De ce corps périssable habitante immortelle,

Dissipe ces terreurs : la mort vient t’affranchir !

Prends ton vol, ô mon âme, et dépouille tes chaînes !

Déposer le fardeau des misères humaines,

Est-ce donc là mourir ?

Oui, le temps a cessé de mesurer mes heures.

Messagers rayonnants des célestes demeures,

Dans quels palais nouveaux allez-vous me ravir ?

Déjà, déjà je nage en des flots de lumière ;

L’espace devant moi s’agrandit, et la terre

Sous mes pieds semble fuir !

Mais qu’entends-je ? Au moment où mon âme s’éveille,

Des soupirs, des sanglots ont frappé mon oreille !

Compagnons de l’exil, quoi ! vous pleurez ma mort !

Vous pleurez ! et déjà dans la coupe sacrée

J’ai bu l’oubli des maux, et mon âme enivrée

Entre au céleste port.

Commentaire.

Ces strophes jaillirent de mon cœur, et furent écrites au matin, au pied de mon lit, par un de mes amis, M. de Montchalin, qui me soignait comme un frère dans une longue et dangereuse maladie dont je fus atteint à Paris en 1819.

M. de Montchalin vit encore, et je l’aime toujours de la même amitié. J’aurais dû lui dédier ces vers.