Acte III
Scène 1
Le Tartuffe, Molière (1664)·Texte intégral, scène 11 sur 33·Livre complet →
Damis, Dorine.
Damis
Que la foudre sur l’heure achève mes destins,
Qu’on me traite partout du plus grand des faquins,
S’il est aucun respect ni pouvoir qui m’arrête,
Et si je ne fais pas quelque coup de ma tête !
Dorine
De grâce, modérez un tel emportement :
Votre père n’a fait qu’en parler simplement.
On n’exécute pas tout ce qui se propose ;
Et le chemin est long du projet à la chose.
Damis
Il faut que de ce fat j’arrête les complots,
Et qu’à l’oreille un peu je lui dise deux mots.
Dorine
Ah ! tout doux ! envers lui, comme envers votre père,
Laissez agir les soins de votre belle-mère.
Sur l’esprit de Tartuffe elle a quelque crédit,
Il se rend complaisant à tout ce qu’elle dit,
Et pourrait bien avoir douceur de cœur pour elle.
Plût à Dieu qu’il fût vrai ! la chose serait belle.
Enfin, votre intérêt l’oblige à le mander :
Sur l’hymen qui vous trouble elle veut le sonder,
Savoir ses sentiments, et lui faire connaître
Quels fâcheux démêlés il pourra faire naître,
S’il faut qu’à ce dessein il prête quelque espoir.
Son valet dit qu’il prie, et je n’ai pu le voir ;
Mais ce valet m’a dit qu’il s’en allait descendre.
Sortez donc, je vous prie, et me laissez l’attendre.
Damis
Je puis être présent à tout cet entretien.
Dorine
Point. Il faut qu’ils soient seuls.
Damis
Je ne lui dirai rien.
Dorine
Vous vous moquez : on sait vos transports ordinaires, ;
Et c’est le vrai moyen de gâter les affaires.
Sortez.
Damis
Non ; je veux voir, sans me mettre en courroux.
Dorine
Que vous êtes fâcheux ! Il vient. Retirez-vous.
Damis va se cacher dans un cabinet qui est au fond du théâtre.