Acte IV
Scène 4
Le Tartuffe, Molière (1664)·Texte intégral, scène 21 sur 33·Livre complet →
Elmire, Orgon.
Elmire
Approchons cette table, et vous mettez dessous.
Orgon
Comment !
Elmire
Vous bien cacher est un point nécessaire.
Orgon
Pourquoi sous cette table ?
Elmire
Ah ! mon Dieu ! laissez faire ;
J’ai mon dessein en tête, et vous en jugerez.
Mettez-vous là, vous dis-je ; et, quand vous y serez,
Gardez qu’on ne vous voie et qu’on ne vous entende.
Orgon
Je confesse qu’ici ma complaisance est grande :
Mais de votre entreprise il vous faut voir sortir.
Elmire
Vous n’aurez, que je crois, rien à me repartir.
(À son mari, qui est sous la table.)
Au moins, je vais toucher une étrange matière :
Ne vous scandalisez en aucune manière.
Quoi que je puisse dire, il doit m’être permis ;
Et c’est pour vous convaincre, ainsi que j’ai promis.
Je vais par des douceurs, puisque j’y suis réduite,
Faire poser le masque à cette âme hypocrite,
Flatter de son amour les désirs effrontés,
Et donner un champ libre à ses témérités.
Comme c’est pour vous seul, et pour mieux le confondre,
Que mon âme à ses vœux va feindre de répondre,
J’aurai lieu de cesser dès que vous vous rendrez,
Et les choses n’iront que jusqu’où vous voudrez.
C’est à vous d’arrêter son ardeur insensée,
Quand vous croirez l’affaire assez avant poussée ;
D’épargner votre femme, et de ne m’exposer
Qu’à ce qu’il vous faudra pour vous désabuser,
Ce sont vos intérêts, vous en serez le maître ;
Et… L’on vient. Tenez-vous, et gardez de paraître.