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Isis

V

Les Filles du feu, Gérard de Nerval (1854)·Texte intégral, partie 26 sur 28·Livre complet →

À la droite du prophète qui portait l’hydria (hydriophoros), se tenait une femme représentant, par les attributs et par le costume, la déesse Isis elle-même. — Isis devait toujours, en effet, partager les hommages rendus à Osiris. — Elle ne portait pas les cheveux ras comme le reste du clergé, mais les avait, au contraire, longs et bouclés.

Une chose également très caractéristique pour la représentation d’Isis, c’est ce que la prêtresse tenait dans les mains. — De la droite, elle soulevait ce fameux instrument que les Grecs nommaient sistron et les Egyptiens kemkem. — La tristesse à l’occasion de la mort d’Osiris, et la joie lorsqu’il était retrouvé, tels étaient les principaux points de la religion égyptienne dans la période qui suivit la conquête des Perses. Pour toutes les litanies de tristesse et de joie qui étaient chantées lors de ces grandes fêtes, c’était le sistre d’Isis qui marquait la mesure. — Un sistre bien fait devait, en mémoire des quatre éléments, avoir quatre petits bâtons. — On peut croire que jamais le sistre ne s’agitait sans rappeler le souvenir de la mort et de la résurrection d’Osiris. De la main gauche, la prêtresse tenait un arrosoir, par lequel on voulait signifier la fécondité que le Nil procurait à la terre. — Isis y puisait de l’eau pour les besoins du culte et aussi pour la fécondation du sol. — Car, si Osiris est la force des eaux, Isis est la force de la terre et passe pour le principe de la fertilité.

Le prêtre qui chantait les hymnes et les prières, ou préchantre, jouissait d’une estime particulière. Il se tenait sur le degré inférieur du temple, au milieu de la double rangée du peuple, et dirigeait l’ensemble au moyen d’un bâton en forme de sceptre. Les Grecs nommaient ce liturge ou maître de la chapelle du culte d’Isis, le chanteur ou le chanteur d’hymnes (odos, hymnodos). Il rappelle les rhabdotes et rhapsodes, qui chantaient, un bâton de laurier à la main.

Apulée parle, en plusieurs endroits, des flûtes et cornets qui, dans les cérémonies d’Isis et d’Osiris, par des modulations lamentables ou joyeuses, mettaient les assistants dans des dispositions d’esprit convenables ; cette musique provenait d’une sorte de flûte dont on attribuait l’invention à Osiris, — Un autre personnage qui terminait la rangée des fidèles de l’autre côté, et dont le costume s’accordait parfaitement avec celui des prêtres d’Isis d’un ordre inférieur, avait la tête tondue, et portait le tablier autour des reins. — Mais il tenait dans la main un des plus énigmatiques symboles égyptiens, la croix ansée [crux ansata], dont le savant Daunou a trouvé tout un soubassement couvert dans un temple de Philé.

Il va sans dire qu’ici aucune victime sanglante n’était immolée, et que jamais la flamme de l’autel ne consumait des chairs palpitantes. — Isis, le principe de la vie et la mère de tous les êtres vivants, dédaignait les sacrifices sanglants. — De l’eau du fleuve sacré ou du lait étaient seulement répandus pour elle; pour elle brûlaient aussi de l’encens et d’autres parfums.

Dans le temple, tout était significatif et caractéristique : le nombre impair des degrés sur lesquels la chapelle est élevée avait aussi un sens mystique. — En général, le prêtre égyptien cherchait à s’entourer des souvenirs de la terre sacrée du Nil, et, au moyen des végétaux et des animaux de l’Egypte, à transporter les sectateurs de cette nouvelle religion dans le pays où elle avait pris naissance. — Ce n’était point par hasard qu’on avait planté deux palmiers à droite et a gauche du bosquet odoriférant qui entourait la chapelle : car le palmier, qui tous les mois pousse de nouveaux rameaux, était un symbole de la puissance des grands dieux. De là les porteurs de palmiers qui figuraient aux processions, et dont il est fait mention dans la célèbre inscription de Rosette.

À la fin de la cérémonie, selon un passage d’Apulée, un des prêtres prononçait la formule ordinaire : « Congé au peuple ! » qui est devenue la formule chrétienne : Ite, missa est; et à laquelle le peuple répondait par son adieu accoutumé à la déesse : « Portez-vous bien », ou : « Maintenez-vous en santé ! »