Acte II
Scène IV
Andromaque, Jean Racine (1667)·Texte intégral, scène 8 sur 26·Livre complet →
Pyrrhus, Oreste, Phœnix
Pyrrhus
Je vous cherchois, Seigneur. Un peu de violence
M’a fait de vos raisons combattre la puissance,
Je l’avoue ; et depuis que je vous ai quitté,
J’en ai senti la force et connu l’équité.
J’ai songé, comme vous, qu’à la Grèce, à mon père,
À moi-même en un mot je devenois contraire ;
Que je relevois Troie, et rendois imparfait
Tout ce qu’a fait Achille et tout ce que j’ai fait.
Je ne condamne plus un courroux légitime,
Et l’on vous va, Seigneur, livrer votre victime.
Oreste
Seigneur, par ce conseil prudent et rigoureux,
C’est acheter la paix du sang d’un malheureux.
Pyrrhus
Oui. Mais je veux. Seigneur, l’assurer davantage :
D’une éternelle paix Hermione est le gage ;
Je l’épouse. Il sembloit qu’un spectacle si doux
N’attendît en ces lieux qu’un témoin tel que vous.
Vous y représentez tous les Grecs et son père,
Puisqu’en vous Ménélas voit revivre son frère.
Voyez-la donc. Allez. Dites-lui que demain
J’attends, avec la paix, son cœur de votre main.
Oreste
Ah Dieux !