Acte IV
Scène II
Andromaque, Jean Racine (1667)·Texte intégral, scène 18 sur 26·Livre complet →
Hermione, Cléone
Cléone
Non, je ne puis assez admirer ce silence.
Vous vous taisez, Madame ; et ce cruel mépris
N’a pas du moindre trouble agité vos esprits ?
Vous soutenez en paix une si rude attaque,
Vous qu’on voyoit frémir au seul nom d’Andromaque ?
Vous qui sans désespoir ne pouviez endurer
Que Pyrrhus d’un regard la voulût honorer ?
Il l’épouse : il lui donne, avec son diadème,
La foi que vous venez de recevoir vous-même,
Et votre bouche encor muette à tant d’ennui
N’a pas daigné s’ouvrir pour se plaindre de lui !
Ah ! que je crains, Madame, un calme si funeste !
Et qu’il vaudroit bien mieux…
Hermione
Fais-tu venir Oreste ?
Cléone
Il vient, Madame, il vient ; et vous pouvez juger
Que bientôt à vos pieds il alloit se ranger.
Prêt à servir toujours sans espoir de salaire,
Vos yeux ne sont que trop assurés de lui plaire.
Mais il entre.