Acte IV
Scène IV
Andromaque, Jean Racine (1667)·Texte intégral, scène 20 sur 26·Livre complet →
Hermione, Cléone
Cléone
Vous vous perdez, Madame ; et vous devez songer…
Hermione
Que je me perde ou non, je songe à me venger.
Je ne sais même encor, quoi qu’il m’ait pu promettre,
Sur d’autres que sur moi si je dois m’en remettre.
Pyrrhus n’est pas coupable à ses yeux comme aux miens,
Et je tiendrois mes coups bien plus sûrs que les siens.
Quel plaisir de venger moi-même mon injure,
De retirer mon bras teint du sang du parjure,
Et pour rendre sa peine et mes plaisirs plus grands,
De cacher ma rivale à ses regards mourants !
Ah ! si du moins Oreste, en punissant son crime,
Lui laissoit le regret de mourir ma victime !
Va le trouver : dis-lui qu’il apprenne à l’ingrat
Qu’on l’immole à ma haine, et non pas à l’État.
Chère Cléone, cours. Ma vengeance est perdue
S’il ignore en mourant que c’est moi qui le tue.
Cléone
Je vous obérai. Mais qu’est-ce que je voi ?
Ô Dieux ! Qui l’auroit cru, Madame ? C’est le Roi !
Hermione
Ah ! cours après Oreste ; et dis-lui, ma Cléone,
Qu’il n’entreprenne rien sans revoir Hermione.