LE TROISIEME LIVRE DES ODES
ODE XX. A MACLOU DE LA HAIE.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 82 sur 185·Livre complet →
Puis que d’ordre à son rang l’orage est revenu,
Si que le ciel voilé tout triste est devenu,
Et la vefve forest branle son chef tout nu
Sous le vent qui l’estonne :
C’est bien pour ce jourd’huy (ce me semble) raison,
Qui ne veut offenser la loy de la saison,
Prendre à gré les plaisirs que tousjours la maison
En temps pluvieux donne.
Mais si j’augure bien, quand je voy pendre en bas
Les nuaux avallez, mardy ne sera pas
Si mouillé qu’aujourd’huy, nous prendrons le repas
Tel jour nous deux ensemble.
Tandis chasse de toy tout le mordant souci,
Chasse moy le procez, chasse l’amour aussi :
Ce garçon insensé aux plus sages d’ici
Mille douleurs assemble.
Du soin de l’avenir ton cœur ne soit espoint,
Ains content du present, ne te tourmente point
Des mondaines faveurs qui ne dureront point
Sans culbuter à terre.
Plus tost que les buissons les pins audacieux,
Et le front des rochers qui menace les cieux,
Plus tost que les cailloux qui ne trompent les yeux
Sont frappez du tonnerre.
Vien soul : car tu n’auras le festin ancien,
Que prodigue donna l’orgueil Egyptien
Au Romain qui vouloit tout l’Empire estre sien :
Je hay tant de viandes.
Tu ne boiras aussi de ce Nectar divin
Qui rend Anjou fameux : car volontiers le vin
Qui a senty l’humeur du terroir Angevin,
Suit les bouches friandes.