LE TROISIEME LIVRE DES ODES
ODE XIX. DES BAISERS.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 81 sur 185·Livre complet →
Baiser fils de deux lévres closes,
Filles de deux boutons de roses,
Qui serrent et ouvrent le ris
Qui déride les plus marris :
Baiser ambrosin que j’honore
Comme mon tout, et dont encore
Je sens en ma bouche souvent
Plus d’un jour apres le doux vent :
Et vous bouche de sucre pleine,
Qui m’engendrez de vostre haleine
Une odeur qui au cœur descend,
Et mille parfuns y respend :
Et vous mes petites montagnes,
Je parle à vous lévres compagnes,
Dont le coral naïf et franc
Cache deux rangs d’yvoire blanc :
Je vous suppli’ n’ayez envie
D’estre homicides de ma vie :
Pour du tout tuer mon esmoy
Mille fois le jour baisez moy.