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LE TROISIEME LIVRE DES ODES

ODE XXIII. A UN ROSSIGNOL.

Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 85 sur 185·Livre complet →

Chantre Rossignol passager,

Qui t’es encor venu loger

Dedans ceste fresche ramée

Sur ton espine accoustumée,

Et qui nuict et jour de ta vois

Assourdis les monts et les bois,

Redoublant la vieille querelle

De Terée, et de Philomele :

Je te supplie (ainsi tousjours

Puisses jouyr de tes amours)

De dire à ma douce inhumaine,

Au soir quand elle se promeine

Icy pour ton nic espier,

Que jamais ne faut se fier

En la beauté ny en la grace

Qui plus tost qu’un songe se passe.

Dy luy que les plus belles fleurs

En Janvier perdent leurs couleurs,

Et quand le mois d’Avril arrive,

Qu’ils revestent leur beauté vive :

Mais quand des filles le beau teint

Par l’âge est une fois esteint,

Dy luy que plus il ne retourne,

Mais bien qu’en sa place sejourne

Au haut du front je ne sçay quoy

De creux à coucher tout le doy :

Et toute la face seichée

Se fait comme une fleur touchée

Du soc aigu : dy luy encor

Qu’apres qu’elle aura changé l’or

De ses blonds cheveux, et que l’âge

Aura crespé son beau visage,

Qu’en vain elle pleurera,

Dequoy jeunette elle n’aura

Prins les plaisirs qu’on ne peut prendre

Quand la vieillesse nous vient rendre

Si froids d’amours et si perclus,

Que les plaisirs ne plaisent plus.

Mais Rossignol, que ne vient-elle

Maintenant sur l’herbe nouvelle

Avecque moy sous ce buisson ?

Au bruit de ta douce chanson

Je luy ferois sous la coudrette

Sa couleur blanche vermeillette.