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LE CINQUIESME LIVRE DES ODES

ODE XXXII.

Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 171 sur 185·Livre complet →

En vous donnant ce portrait mien,

Dame, je ne vous donne rien :

Car tout le bien qui estoit nostre,

Amour dés le jour le fist vostre,

Que je receu dedans le cœur

Vostre nom et vostre rigueur :

Puis la chose est bien raisonnable,

Que la peinture resemblable

Au corps, qui languist en soucy

Pour vostre amour, soit vostre aussi.

Mais voyez comme elle me semble

Pensive, triste et palle ensemble,

Portraite de mesme couleur

Qu’Amour a portrait son seigneur !

Que pleust à Dieu que la Nature

M’eust fait au cœur une ouverture,

Afin que vous eussiez pouvoir

De me cognoistre et de me voir !

Làs ! ce n’est rien de voir, Maistresse,

La face qui est tromperesse,

Et le front bien souvent moqueur :

C’est le tout que de voir le cœur :

Vous voirrez du mien la constance,

La foy, l’amour, l’obeyssance :

Et les voyant, peut estre aussi

Qu’auriez de luy quelque merci,

Et des angoisses qu’il endure :

Voire quand vous seriez plus dure

Que les rochers Caucaseans,

Ou les naufrages Aegeans,

Qui sourds, n’entendent les prieres

Des pauvres barques marinieres.