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LE CINQUIESME LIVRE DES ODES

ODE XXXI.

Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 170 sur 185·Livre complet →

Par dialogue.

D’où viens-tu douce Colombelle,

D’amour messagere fidelle ?

Hé, d’où viens-tu ? en quelle part

As tu laissé nostre Ronsard ?

COLOMBELLE.

D’où je vien ! qu’en as-tu que faire ?

Ton Ronsard qui te veut complaire,

De qui tu es le seul esmoy,

M’envoye icy pardevers toy,

M’ayant eu n’aguiere en eschange

De Venus pour une louange.

CASSAN.

Plus qu’un messager des grands Rois

La bien-venue icy tu sois.

Mais dy moy, dy moy je te prie,

Aime-t’il point une autre amie

Depuis qu’il s’en alla d’icy,

Ou s’il m’a tousjours en soucy ?

COLOM.

Plus tost les monts seront valées,

Les rivieres les eaux salées,

Que Ronsard te manque de foy

Pour servir une autre que toy.

CASSAN.

Est-il possible qu’on te croye ?

COLOM.

Croy moy : pour certain il m’envoye

De Vandomois, et parmy l’air

Jusques icy m’a fait voler

Avec ces vers que je t’apporte :

Et m’a dit, si je fais en sorte

Que j’amolisse ta fierté,

Qu’il me donnera liberté.

Or pour cela je ne veux estre

Ny libre, ne changer de maistre :

Car que me vaudroit le changer ?

Afin d’aller apres manger

Comme au-paravant és bocages,

Des grains et des graines sauvages ?

Quand il m’esmie de sa main

Tousjours à la table du pain,

Et me fait boire dans son verre ?

Apres avoir beu je desserre

Toutes mes ailes, et luy fais

Sur la teste un ombrage frais :

Puis je m’endors dessus sa lyre.

Mais luy qui jour et nuict souspire

Pour ton amour, à tous les coups

Me fait rompre mon somme dous

De mille baisers qu’il me donne

En me disant, Douce mignonne,

Làs ! je t’aime : car je te voy

Vivre en servage comme moy.

Vray est que tu pourrois bien vivre

De ma cage franche et delivre,

Quand tu voudrois, fuyant és bois :

Mais moy chetif je ne pourrois

Vivre franc de la servitude

Où nostre ioliere trop rude

Sans espoir me tient arresté.

Mais adieu, c’est trop caqueté,

Tu m’as rendue plus jazarde

Qu’une Corneille babillarde :

Trop longuement icy j’attens,

Baille moy response, il est temps.