LE QUATRIESME LIVRE DES ODES
ODE XL.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 134 sur 185·Livre complet →
Celuy qui n’aime est malheureux,
Et malheureux est l’amoureux :
Mais la misere la plus grande,
C’est quand l’amant (apres avoir
En bien servant fait son devoir)
Ne reçoit point ce qu’il demande.
La race en amours ne sert rien,
Ne beauté, grace, ne maintien :
Sans honneur la Muse gist morte :
Les amoureuses du jourd’huy
En se vendant, aiment celuy
Laid ou beau, qui le plus apporte.
Puisse mourir meschantement
Qui l’or trouva premierement :
Par luy le frere n’est pas frere,
Le pere n’est pas pere seur,
Par luy la sœur n’est pas la sœur,
Et la mere n’est pas la mere.
Par luy la guerre et le discord,
Par luy les glaives et la mort,
Par luy viennent mille tristesses :
Et qui pis est, nous recevons
La mort par luy, nous qui vivons
Amoureux d’avares maistresses.