LE QUATRIESME LIVRE DES ODES
ODE XXXII.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 127 sur 185·Livre complet →
Les Muses lierent un jour
De chaisnes de roses, Amour,
Et pour le garder le donnerent
Aux Graces et à la Beauté,
Qui voyans sa desloyauté,
Sus Parnasse l’emprisonnerent.
Si tost que Venus l’entendit,
Son beau ceston elle vendit
A Vulcan, pour la delivrance
De son enfant, et tout soudain
Ayant l’argent dedans la main,
Fist aux Muses la reverence.
Muses Déesses des chansons,
Quand il faudroit quatre rançons
Pour mon enfant, je les apporte,
Delivrez mon fils prisonnier :
Mais les Muses l’ont fait lier
D’une autre chaisne bien plus forte.
Courage doncques amoureux,
Vous ne serez plus langoureux,
Amour est au bout de ses ruses :
Plus n’oseroit ce faux garson
Vous refuser quelque chanson,
Puis qu’il est prisonnier des Muses.