LE SECOND LIVRE DES ODES
ODE XVIII. A CASSANDRE.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 40 sur 185·Livre complet →
Ma petite colombelle,
Ma petite toute belle,
Mon petit œil baisez moy :
D’une bouche toute pleine
D’amours, chassez-moy la peine
De mon amoureux esmoy.
Quand je vous diray mignonne,
Approchez vous, qu’on me donne
Neuf baisers tout à la fois,
Donnez-m’en seulement trois,
Tels que Diane guerriere
Les donne à Phœbus son frere,
Et l’Aurore à son vieillard :
Puis reculez vostre bouche,
Et bien loin toute farouche
Fuyez d’un pied fretillard.
Comme un toreau par la prée
Court apres son amourée,
Ainsi tout plein de courrous
Je courray fol apres vous :
Et prise, d’une main forte
Vous tiendray de telle sorte
Qu’un aigle un pigeon tremblant :
Lors faisant de la modeste,
De me redonner la reste
Des baisers ferez semblant.
Mais en vain serez pendante
Toute à mon col, attendante
(Tenant un peu l’œil baissé)
Pardon de m’avoir laissé.
Car en lieu de six, adonques
J’en demanderay plus qu’onques
Tout le ciel d’estoilles n’eut,
Plus que d’arene poussée
Aux bords, quand l’eau courroussée
Contre les rives s’esmeut.