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LE SECOND LIVRE DES ODES

ODE XXXV.

Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 57 sur 185·Livre complet →

Si mes vers semblent doux, s’ils ont eu ce bon-heur

D’honorer mon pays, ils m’ont rendu l’honneur

Que Clothon m’a filé : et s’ils sont au contraire,

Que me vaudroit, Durban, d’avantage d’en faire ?

Je serois un grand fol. Si les Destins amis

Un double sort de vie à l’homme avoient permis

L’un pour vivre en plaisir, et l’autre en desplaisance :

Aumoins en son tourment l’homme auroit esperance

De vivre aise à son tour apres le mal finé.

Mais puis que le Destin à l’homme n’a donné

Qu’une petite vie, encore toute pleine

(Sur tous les animaux) de travail et de peine :

Respondez moy chetifs, et pourquoy si souvent

Vous donnez-vous en proye à la fureur du vent,

Afin de rapporter une barque chargée,

Le naufrage futur de Carpathe ou d’Egée ?

Et pourquoy pauvres sots, pour gaigner le rempart

De quelque froid chasteau, mettez-vous au hazart

Si souvent votre corps, qui est si foible et tendre,

Qu’à peine se peut-il d’une flévre defendre,

Tant s’en faut d’un canon ? et pourquoy tant de fois

Allez-vous mendier des Princes et des Rois

Une faible et mondaine et chetive largesse,

A fin d’amonceler une breve richesse,

Et ne voyez la mort qui talonne voz pas ?

O pauvres abusez, et ne sçavez-vous pas

Que vous estes mortels ? et que la Parque sage

Vous a de peu de jours borné votre voyage ?