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LE SECOND LIVRE DES ODES

ODE XXXIIII.

Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 56 sur 185·Livre complet →

Escoute, du Bellay, ou les Muses ont peur

De l’enfant de Venus, ou l’aiment de bon cœur,

Et tousjours pas à pas accompagnent sa trace :

Car si quelqu’un ne veut les amours desdaigner,

Toutes à qui mieux-mieux le viennent enseigner,

Et sa bouche mielleuse emplissent de leur grace.

Mais au brave qui met les amours à desdain,

Toutes le desdaignant le delaissent soudain,

Et plus ne luy font part de leur gentille veine :

Ains Cleion luy defend de ne se plus trouver

En leur danse, et jamais ne venir abreuver

Sa bouche non amante en leur belle fonteine.

Certes j’en suis tesmoin : car quand je veux louër

Quelque homme ou quelque Dieu, soudain je sens nouër

La langue à mon palais, et ma gorge se bouche :

Mais quand je veux d’amour ou escrire ou parler,

Ma langue se desnouë, et lors je sens couler

Ma chanson d’elle-mesme aisément en la bouche.