Deuxième acte — La rôtisserie des poètes
Scène V
Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand (1897)·Texte intégral, scène 12 sur 48·Livre complet →
Cyrano, Roxane, la Duègne
Cyrano
Je tire
Ma lettre si je sens seulement qu’il y a
Le moindre espoir !…
(Roxane, masquée, suivie de la duègne, paraît derrière le vitrage. Il ouvre vivement la porte.)
Entrez !…
(Marchant sur la duègne.)
Vous, deux mots, duègna !
La duègne
Quatre.
Cyrano
Êtes-vous gourmande ?
La duègne
À m’en rendre malade.
Cyrano, prenant vivement des sacs de papier sur le comptoir.
Bon. Voici deux sonnets de monsieur Benserade…
La duègne, piteuse.
Heu !…
Cyrano
…que je vous remplis de darioles.
La duègne, changeant de figure.
Hou !
Cyrano
Aimez-vous le gâteau qu’on nomme petit chou ?
La duègne, avec dignité.
Monsieur, j’en fais état, lorsqu’il est à la crème.
Cyrano
J’en plonge six pour vous dans le sein d’un poème
De Saint-Amand ! Et dans ces vers de Chapelain
Je dépose un fragment, moins lourd, de poupelin.
— Ah ! Vous aimez les gâteaux frais ?
La duègne
J’en suis férue !
Cyrano, lui chargeant les bras de sacs remplis.
Veuillez aller manger tous ceux-ci dans la rue.
La duègne
Mais…
Cyrano, la poussant dehors.
Et ne revenez qu’après avoir fini !
(Il referme la porte, redescend vers Roxane, et s’arrête, découvert, à une distance respectueuse.)