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SECONDE PARTIE.

LETTRE XII.

Julie ou la Nouvelle Héloïse, Jean-Jacques Rousseau (1761)·Texte intégral, lettre 79 sur 162·Livre complet →

À JULIE.

O qual fiamma di gloria, d’onore.

Scorrer sento per tutte la vene,

Alma grande, parlando con te53 !

53.Ô de quelle flamme d’honneur et de gloire je sens embraser tout mon sang, âme grande, en parlant avec toi !

Julie, laisse-moi respirer ; tu fais bouillonner mon sang, tu me fais tressaillir, tu me fais palpiter ; ta lettre brûle comme ton cœur du saint amour de la vertu, et tu portes au fond du mien son ardeur céleste. Mais pourquoi tant d’exhortations où il ne fallait que des ordres ? Crois que si je m’oublie au point d’avoir besoin de raisons pour bien faire, au moins ce n’est pas de ta part ; ta seule volonté me suffit. Ignores-tu que je serai toujours ce qu’il te plaira, et que je ferais le mal même avant de pouvoir te désobéir ? Oui, j’aurais brûlé le Capitole si tu me l’avais commandé, parce que je t’aime plus que toutes choses. Mais sais-tu bien pourquoi je t’aime ainsi ? Ah ! fille incomparable ! c’est parce que tu ne peux rien vouloir que d’honnête, et que l’amour de la vertu rend plus invincible celui que j’ai pour tes charmes.

Je pars, encouragé par l’engagement que tu viens de prendre, et dont tu pouvais t’épargner le détour ; car promettre de n’être à personne sans mon consentement, n’est-ce pas promettre de n’être qu’à moi ? Pour moi, je le dis plus librement, et je t’en donne aujourd’hui ma foi d’homme de bien, qui ne sera point violée. J’ignore dans la carrière où je vais m’essayer pour te complaire, à quel sort la fortune m’appelle ; mais jamais les nœuds de l’amour ni de l’hymen ne m’uniront à d’autres qu’à Julie d’Étange ; je ne vis, je n’existe que pour elle, et mourrai libre ou son époux. Adieu ; l’heure presse, et je pars à l’instant.