SECONDE PARTIE.
LETTRE XXVIII.
Julie ou la Nouvelle Héloïse, Jean-Jacques Rousseau (1761)·Texte intégral, lettre 95 sur 162·Livre complet →
DE JULIE.
Tout est perdu ! tout est découvert ! Je ne trouve plus tes lettres dans le lieu où je les avais cachées. Elles y étaient encore hier au soir. Elles n’ont pu être enlevées que d’aujourd’hui. Ma mère seule peut les avoir surprises. Si mon père les voit, c’est fait de ma vie ! Eh que servirait qu’il ne les vît pas, s’il faut renoncer ?...
Ah, Dieu ! ma mère m’envoie appeler. Où fuir ? Comment soutenir ses regards ? Que ne puis-je me cacher au sein de la terre !... Tout mon corps tremble, et je suis hors d’état de faire un pas… La honte, l’humiliation, les cuisants reproches, j’ai tout mérité, je supporterai tout. Mais la douleur, les larmes d’une mère éplorée, ô mon cœur, quels déchirements ! Elle m’attend, je ne puis tarder davantage… Elle voudra savoir… il faudra tout dire. Regianino sera congédié. Ne m’écris plus jusqu’à à nouvel avis… Qui sait si jamais… je pourrais… Quoi ! mentir ! mentir à ma mère !... Ah ! s’il faut nous sauver par le mensonge, adieu, nous sommes perdus !
FIN DU TOME PREMIER.