CHAPITRE VII
Vie de Henri Brulard, Stendhal (1890)·Texte intégral, chapitre 9 sur 50·Livre complet →
La1 famille était clone composée, à l’époque de la mort de ma mère, vers 1790, de MM. Gagnon père, 60 ans; Romain Gagnon, son fils, 25; Séraphie, sa fille, 24; Elisabeth, sa sœur, 64; Chérubin Beyle, son gendre, 43; Henri, son fils, 7; Pauline, sa fille, 4; Zénaïde, sa fille, 2.
1.Le chapitre VII est le chapitre V du manuscrit (fol. 81 à 99).—Écrit à Rome, le 2 décembre, et à Cività-Vecchia, le 5 décembre 1835.—On lit au verso du fol. 92: «Idée: Peut-être en ne corrigeant pas ce premier jet parviendrai-je à ne pas mentir par vanité. Omar, 3 décembre 1835.»
Voilà les personnages du triste drame de ma jeunesse, qui ne me rappelle presque que souffrances et profondes contrariétés morales. Mais voyons un peu le caractère de ces personnages.
Mon grand-père, Henri Gagnon (60 ans); sa fille Séraphie, ce diable femelle dont je n’ai jamais su l’âge, elle pouvait avoir 22 ou 24 ans; sa sœur Elisabeth Gagnon (64 ans), grande femme maigre, sèche, avec une belle figure italienne, caractère parfaitement noble, mais noble avec les raffinements et les scrupules de conscience espagnols. Elle a à cet égard formé mon cœur et c’est à ma tante Elisabeth que je dois les abominables duperies de noblesse à l’espagnole dans lesquelles je suis tombé pendant les premiers trente ans de ma vie. Je suppose que ma tante Elisabeth, riche (pour Grenoble), était restée fille à la suite d’une passion malheureuse. J’ai appris2 quelque chose comme cela de la bouche de ma tante Séraphie dans ma première jeunesse.
2.J’ai appris …—Variante: «Su.»
La famille était enfin composée de mon père.
Joseph-Chérubin Beyle, avocat au Parlement du pays, ultra et chevalier de la Légion d’honneur, adjoint au maire de Grenoble, mort en 1819, à 72 ans, dit-on, ce qui le suppose né en 1747. Il avait donc, en 1790, quarante-trois ans3.
3.Il avait donc, en 1790, quarante-trois ans.—Chérubin-Joseph Beyle était né le 29 mars 1747. Il épousa le 20 février 1781 Caroline-Adélaïde-Henriette Gagnon et mourut le 20 juin 1819.
C’était un homme extrêmement peu aimable, réfléchissant toujours à des acquisitions et à des ventes de domaines, excessivement fin, accoutumé à vendre aux paysans et à acheter d’eux, archi-Dauphinois. Il n’y avait rien de moins espagnol et de moins follement noble que cette âme-là, aussi était-il antipathique à ma tante Elisabeth. Il était de plus excessivement ridé et laid, et déconcerté et silencieux avec les femmes, qui pourtant lui étaient nécessaires.
Cette dernière qualité lui avait donné l’intelligence de la Nouvelle-Héloïse et des autres ouvrages de Rousseau, dont il ne parlait qu’avec adoration, tout en le maudissant comme impie, car la mort de ma mère le jeta dans la plus haute et la plus absurde dévotion4. Il s’imposa l’obligation de dire tous les offices d’un prêtre, il fut même question pendant trois ou quatre ans de son entrée dans les ordres, et probablement il fut retenu par le désir de me laisser sa place d’avocat; il allait être consistorial: c’était une distinction noble parmi les avocats, dont il parlait comme un jeune lieutenant de grenadiers parle de la croix. Il ne m’aimait pas comme individu, mais comme fils devant continuer sa famille.
4.… la plus absurde dévotion.—Ms.: «Surdeab tiondévo.»
Il aurait été bien difficile qu’il m’aimât: 1° il voyait clairement que je ne l’aimais point, jamais je ne lui parlais sans nécessité, car il était étranger à toutes ces belles idées littéraires et philosophiques qui faisaient la base de mes questions à mon grand-père et des excellentes réponses de ce vieillard aimable. Je le voyais fort peu. Ma passion pour quitter Grenoble, c’est-à-dire lui, et ma passion pour les mathématiques,—seul moyen que j’avais de quitter cette ville que j’abhorrais et que je hais encore, car c’est là que j’ai appris à connaître les hommes,—ma passion mathématique me jeta dans une profonde solitude de 1797 à 1799. Je puis dire avoir travaillé pendant ces deux années et même pendant une partie de 1790 comme Michel-Ange travailla à la Sixtine.
Depuis mon départ, à la fin d’octobre 1799,—je me souviens de la date parce que le 18 brumaire, 9 novembre, je me trouvais à Nemours,—je n’ai été pour mon père qu’un demandeur d’argent, la froideur a sans cesse augmenté, il ne pouvait pas dire un mot qui ne me déplût. Mon horreur était de vendre un champ à un paysan en finassant pendant huit jours, à l’effet de gagner 300 francs; c’était là sa passion.
Rien de plus naturel. Son père, qui portait, je crois, le grand nom de Pierre Beyle, mourut de la goutte, à Claix, à l’improviste, à 63 ans. Mon père à 18 ans (c’était donc vers 1765) se trouva avec un domaine à Claix rendant 800 ou 1.800 francs, c’est l’un des deux, une charge de procureur et dix sœurs à établir, une mère, riche héritière, c’est-à-dire ayant peut-être 60.000 francs et en sa qualité d’héritière ayant le diable au corps. Elle m’a encore longtemps souffleté dans mon enfance quand je tirais la queue à son chien Azor (chien de Bologne à longues soies blanches). L’argent fut donc, et avec raison, la grande pensée de mon père, et moi je n’y ai jamais songé qu’avec dégoût. Cette idée me représente des peines cruelles, car en avoir ne me fait aucun plaisir, en manquer est un vilain malheur.
Jamais peut-être le hasard n’a rassemblé deux êtres plus foncièrement antipathiques que mon père et moi.
De là l’absence de tout plaisir dans mon enfance, de 1790 à 1799. Cette saison, que tout le monde5 dit être celle des vrais plaisirs de la vie, grâce à mon père n’a été pour moi qu’une suite de douleurs amères et de dégoûts. Deux diables étaient déchaînés contre ma pauvre enfance, ma tante Séraphie et mon père, qui dès 1791 devint son esclave.
5.Cette saison, que tout le monde …—Variante: «Cet âge, que l’avis de tout le monde …»
Le lecteur peut se rassurer sur le récit de mes malheurs, d’abord il peut sauter quelques pages, parti que je le supplie de prendre, car j’écris à l’aveugle, peut-être des choses fort ennuyeuses même pour 1835, que sera-ce en 1880?
En second lieu, je n’ai presque aucun souvenir de la triste époque 1790-1795, pendant laquelle j’ai été un pauvre petit bambin persécuté, toujours grondé à tout propos, et protégé seulement par un sage à la Fontenelle qui ne voulait pas livrer bataille pour moi, et d’autant qu’en ces batailles son autorité supérieure à tout lui commandait d’élever davantage la voix, or c’est ce qu’il avait le plus en horreur; et ma tante Séraphie qui, je ne sais pourquoi, m’avait pris en guignon, le savait bien aussi.
Quinze ou vingt jours après la mort de ma mère, mon père et moi nous retournâmes coucher dans la triste maison, moi dans un petit lit vernissé fait en cage, placé dans l’alcôve de mon père. Il renvoya ses domestiques et mangea chez mon grand-père, qui jamais ne voulut entendre parler de pension. Je crois que c’est par intérêt6 pour moi que mon grand-père se donna ainsi la société habituelle d’un homme qui lui était antipathique.
6.Je crois que c’est par intérêt pour moi …—Variante: «Amitié.»
Ils n’étaient réunis que par le sentiment d’une profonde douleur. A l’occasion de la mort de ma mère, ma famille rompit toutes ses relations de société, et, pour comble d’ennui pour moi, elle a depuis constamment vécu isolée.
M. Joubert, mon pédant montagnard (on appelle cela à Grenoble Bet, ce qui veut dire un homme grossier né dans les montagnes de Gap), M. Joubert qui me montrait le latin, Dieu sait avec quelle sottise, en me faisant réciter les règles du rudiment, chose qui rebutait mon intelligence, et l’on m’en accordait beaucoup, mourut. J’allais prendre ses leçons sur la petite place Notre-Dame7, je puis dire n’y avoir jamais passé sans me rappeler ma mère et la parfaite gaieté de la vie que j’avais menée de son temps. Actuellement, même mon bon grand-père en m’embrassant me causait du dégoût.
7.J’allais prendre ses leçons sur la petite place Notre-Dame …—A cette époque, la «voie centrale» (rue Président-Carnot) et l’avenue Maréchal-Randon n’étaient pas encore ouvertes. Voir notre plan de Grenoble en 1793.
Le pédant Joubert à figure terrible me laissa en legs le second volume d’une traduction française de Quinte-Curce, ce plat Romain qui a écrit la vie d’Alexandre.
Cet affreux pédant, homme de cinq pieds six pouces, horriblement maigre et portant une redingote noire, sale et déchirée, n’était cependant pas mauvais au fond.
Mais son successeur, M. l’abbé Raillane, fut dans toute l’étendue du mot un noir coquin. Je ne prétends pas qu’il ait commis des crimes, mais il est difficile d’avoir une âme plus sèche, plus ennemie de tout ce qui est honnête, plus parfaitement dégagée de tout sentiment d’humanité. Il était prêtre, natif d’un village de Provence; il était petit, maigre, très pincé, le teint vert, l’œil faux avec les sourcils abominables.
Il venait de finir l’éducation de Casimir et Augustin Périer et de leurs quatre ou six frères8.
8.… Casimir et Augustin Périer et de leurs quatre ou six frères.—Casimir et Augustin Périer étaient fils de Claude Périer. Claude Périer eut neuf fils et trois filles: Jacques-Prosper (mort enfant), Elisabeth-Joséphine, Euphrosine-Marine (morte enfant), Augustin-Charles, Alexandre-Jacques, Antoine-Scipion, Casimir-Pierre, Adélaïde-Hélène, surnommée Marine, Camille-Joseph, Alphonse, Amédée-Auguste et André-Jean-Joseph.
Casimir a été un ministre très célèbre et selon moi dupe de Louis-Philippe9. Augustin, le plus emphatique des hommes, est mort pair de France10. Scipion était mort un peu fou vers 180611. Camille a été un plat préfet12 et vient d’épouser en secondes noces une femme fort riche13, il est un peu fou comme tous ses frères. Joseph, mari d’une jolie femme extrêmement affectueuse et qui a eu des amours célèbres, a peut-être été le plus sage de tous14. Un autre, Amédée15, je crois, a peut-être volé au jeu vers 1815, aima mieux passer cinq ans à Sainte-Pélagie que payer.
9.Casimir a été un ministre très célèbre …—Casimir-Pierre Périer, le ministre, était né à Grenoble le 11 octobre 1777; il mourut à Paris le 16 mai 1832.
10.Augustin … est mort pair de France.—Augustin-Charles Périer était né à Grenoble le 22 mai 1773. Pair de France à la mort de son frère Casimir (16 mai 1832), il mourut à Frémigny (Seine-et-Oise), le 2 décembre 1833.
11.Scipion était mort … vers 1806.—Scipion Périer est mort à Paris en 1821. (Note au crayon de R. Colomb.)—Il était né le 14 juin 1776.
12.Camille a été un plat préfet …—Camille-Joseph Périer, né a Grenoble le 15 août 1781. Préfet de la Corrèze depuis le 12 février 1810 jusqu’en 1815, et de la Meuse depuis le 10 février 1819 jusqu’en 1822. Plus tard député et pair de France, il est mort le 14 septembre 1844.
13.… et vient d’épouser en secondes noces une femme fort riche …—Erreur, Mlle de Sahune n’a pas eu un sou de dot. (Note au crayon de R. Colomb.)—Camille Périer épousa en premières noces Adèle Lecoulteux de Canteleux, et en secondes noces Amélie Pourcet de Sahune, cousine de Louise-Henriette de Berckeim, femme d’Augustin Périer.
14.Joseph, mari d’une jolie femme …—André-Joseph-Jean Périer, né à Grenoble le 27 novembre 1786, dirigea la banque Périer frères, à Paris. A l’époque où Stendhal écrivait la Vie de Henri Brulard, il était député de la Marne (Epernay) depuis le 15 novembre 1832. Il épousa Mlle Marie-Aglaé du Clavel de Kergonan et mourut à Paris le 18 décembre 1868.
15.… Amédée … a peut-être volé au jeu vers 1815 …—Amédée-Auguste Périer, né à Grenoble le 14 mars 1785, est mort à Paris en 1851.—L’histoire racontée par Stendhal nous est absolument inconnue et nous semble un produit de l’esprit caustique de notre auteur.
Tous ces frères étaient fous au mois de mai, eh bien! je crois qu’ils devaient départir cet avantage à notre commun précepteur, M. l’abbé Raillane.
Cet homme, par adresse, ou par instinct de prêtre16, était ennemi juré de la logique et de tout raisonnement droit.
16.… par instinct de prêtre …—Ms.: «Reprêt.»
Mon père le prit apparemment par vanité. M. Périer milord17, le père du ministre Casimir, passait pour l’homme le plus riche du pays. Dans le fait, il avait dix ou onze enfants et a laissé trois cent cinquante mille francs à chacun18. Quel honneur pour un avocat au parlement de prendre pour son fils le précepteur sortant de chez M. Périer!
17.M. Périer milord …—Sur ce surnom de milord donné à Claude Périer, voir t. II, p. 149.
18.… a laissé trois cent cinquante mille francs à chacun.—-M. Périer a laissé dix enfants et 500.000 francs à chacun. (Note au crayon de R. Colomb.)—En réalité, Claude Périer eut douze enfants, dont deux moururent jeunes.
Peut-être M. Raillane fut-il renvoyé pour quelque méfait; ce qui me donne ce soupçon aujourd’hui, c’est qu’il y avait encore dans la maison Périer trois enfants fort jeunes, Camille de mon âge, Joseph et Amédée, je crois, beaucoup plus jeunes.
J’ignore absolument les arrangements financiers que mon père fit avec l’abbé Raillane. Toute attention donnée aux choses d’argent était réputée vile et basse au suprême degré dans ma famille. Il y était en quelque sorte contre la pudeur de parler d’argent, l’argent était comme une triste nécessité de la vie et indispensable malheureusement, comme les lieux d’aisance, mais dont il ne fallait jamais parler. On parlait toutefois et par exception des sommes rondes que coûtait un immeuble, le mot immeuble était prononcé avec respect.
M. Bellier a payé son domaine de Voreppe 20.000 écus. Pariset coûte plus de 12.000 écus (de trois livres) à notre cousin Colomb.
Cette répugnance, si contraire aux usages de Paris, de parler d’argent venait, de je ne sais où et s’est complètement impatronisée dans mon caractère. La vue d’une grosse somme d’or ne réveille d’autre idée en moi que l’ennui de la garantir des voleurs, ce sentiment a souvent été pris pour de l’affectation, et je n’en parle plus.
Tout l’honneur, tous les sentiments élevée et fiers de la famille nous venaient de ma tante Elisabeth; ces sentiments régnaient en despotes dans la maison, et toutefois elle en parlait fort rarement, peut-être une fois en deux ans; en général, ils étaient amenés par un éloge de son père. Cette femme, d’une rare élévation de caractère, était adorée, par moi, et pouvait avoir alors soixante-cinq ans, toujours mise avec beaucoup de propreté et employant à sa toilette fort modeste des étoiles chères. On conçoit bien que ce n’est qu’aujourd’hui et en y pensant que je découvre ces choses. Par exemple, je ne sais la physionomie d’aucun de mes parents et cependant, j’ai présents leurs traits jusque dans le plus petit détail. Si je me figure un lieu la physionomie de mon excellent grand-père, c’est à cause de la visite que je lui fis quand j’étais déjà auditeur ou adjoint aux commissaires des guerres; j’ai perdu absolument l’époque de cette visite. J’ai été homme fort tard pour le caractère, c’est ainsi que j’explique aujourd’hui ce manque de mémoire pour les physionomies. Jusqu’à vingt-cinq ans, que dis-je, souvent encore il faut que je me tienne à deux mains pour n’être pas tout à la sensation produite par les objets et pouvoir les juger raisonnablement, avec mon expérience. Mais que diable est-ce que cela fait au lecteur? Que lui fait tout cet ouvrage? Et cependant, si je n’approfondis pas ce caractère de Henri, si difficile à connaître pour moi, je ne me conduis pas en honnête auteur cherchant à dire sur son sujet tout ce qu’il peut savoir. Je prie mon éditeur, si jamais j’en ai un, de couper ferme ces longueurs.
Un jour, ma tante Elisabeth Gagnon s’attendrit sur le souvenir de son frère, mort jeune à Paris; nous étions seuls, une après-dînée, dans sa chambre sur la Grenette. Evidemment cette âme élevée répondait à ses pensées, et comme elle m’aimait m’adressait la parole pour la forme.
«… Quel caractère! (Ce qui voulait dire: quelle force de volonté.) Quelle activité! Ah! quelle différence!» (Cela voulait dire: quelle différence avec celui-ci, mon grand-père, Henri Gagnon.) Et aussitôt, se reprenant et songeant devant qui elle parlait, elle ajouta: « Jamais je n’en ai tant dit.»
Moi: «Et à quel âge est-il mort?»
Mlle Elisabeth: «A vingt-trois ans.»
Le dialogue dura longtemps; elle vint à parler de son père. Parmi cent détails, de moi oubliés, elle dit:
«A telle époque, il pleurait de rage en apprenant que l’ennemi s’approchait de Toulon.»
(Mais quand l’ennemi s’est-il approché de Toulon? Vers 1736, peut-être, dans la guerre marquée par la bataille de l’Assiette, dont je viens de voir en 34 une gravure intéressante par la vérité.) Il aurait voulu que la milice marchât. Or, rien au monde n’était plus opposé aux sentiments de mon grand-père Gagnon, véritable Fontenelle, l’homme le plus spirituel et le moins patriote que j’aie jamais connu. Le patriotisme aurait distrait bassement mon grand-père de ses idées élégantes et littéraires. Mon père aurait calculé sur-le-champ ce qu’il pouvait lui rapporter. Mon oncle Romain aurait dit d’un air alarmé: «Diable! cela peut me faire courir quelque danger.» Le cœur de ma vieille tante et le mien auraient palpité19 d’intérêt.
19.… auraient palpité …—Variante: «Palpitaient.»
Peut-être j’avance un peu les choses à mon égard et j’attribue à sept ou huit ans les sentiments que j’eus à neuf ou dix. Il est impossible pour moi de distinguer sur les même choses les sentiments de deux époques antiques.
Ce dont je suis sûr, c’est que le portrait sérieux et rébarbatif de mon arrière-grand-père20 dans son cadre doré à grandes rosaces d’un demi-pied de large, qui me faisait presque peur, me devint cher et sacré dès que j’eus appris les sentiments courageux et généreux que lui avaient inspiré les ennemis s’approchant de Toulon.
20.… le portrait sérieux et rébarbatif de mon arrière-grand-père …—Le manuscrit porte: «Mon grand-père.»
PORTRAIT DE HENRI GAGNON. MÉDECIN (Bibl. mun. de Grenoble. collection de portraits Dauphinois)