Classiques.app

CHAPITRE XIII

Vie de Henri Brulard, Stendhal (1890)·Texte intégral, chapitre 15 sur 50·Livre complet →

PREMIER VOYAGE AUX ÉCHELLES

Il1 faut parler de mon oncle, cet homme aimable qui portait la joie dans la famille quand des Échelles (Savoie), où il était marié, il venait à Grenoble.

1.Le chapitre XIII se trouve dans un cahier séparé, côté B 300 (Bibl. mun. de Grenoble), en même temps que les chapitres V et XV. Il va du feuillet 15 au feuillet 38, et porte une foliotation spéciale, de 1 à 24. En tête, Stendhal indique: «Dicter ceci et le faire écrire sur le papier blanc à la fin du 1er volume. Relier ce chapitre à la fin du second volume. 18 décembre.» Il ajoute: «Placer ce morceau vers 1792 à son rang, vers 1791.» Un feuillet intercalaire porte encore: «A placer à son époque, avant la conquête de la Savoie par le général Montesquiou, avant 1792. A faire copier sur le papier blanc. Placer a la fin du 1er volume.»—Le chapitre XIII a été écrit à Rome le 18 décembre 1835, par un «froid de chien».

En écrivant ma vie en 1835, j’y fais bien des découvertes; ces découvertes sont de deux espèces: d’abord, 1° ce sont de grands morceaux de fresques sur un mur, qui depuis longtemps oubliés apparaissent tout-à-coup, et à côté de ces morceaux bien conservés sont, comme je l’ai dit plusieurs fois, de grands espaces où l’on ne voit que les briques du mur. L’éparvérage, le crépi sur lequel la fresque était peinte est tombé2, et la fresque est à jamais perdue. A côté des morceaux de fresque conservés il n’y a pas de date, il faut que j’aille à la chasse des dates actuellement, en 1835. Heureusement, peu importe un anachronisme, une confusion d’une ou de deux années. A partir de mon arrivée à Paris en 1799, comme ma vie est mêlée avec les événements de la gazette, toutes les dates sont sûres.

2.… le crépi sur lequel la fresque était peinte est tombé …—On lit en tête du fol. 2: «18 décembre 1835. Omar. Froid de chien, avec nuages au ciel.»

2° en 1835, je découvre la physionomie et le pourquoi des événements. Mon oncle (Romain Gagnon) ne venait probablement à Grenoble, vers 1795 ou 96, que pour voir ses anciennes maîtresses et pour se délasser des Échelles où il régnait, car les Échelles sont un bourg, composé alors de manants enrichis par la contrebande et l’agriculture, et dont le seul plaisir était la chasse. Les élégances de la vie, les jolies femmes gaies, frivoles et bien parées, mon oncle ne pouvait les trouver qu’à Grenoble.

Je fis un voyage aux Échelles, ce fut comme un séjour dans le ciel, tout y fut ravissant pour moi. Le bruit du Guiers, torrent qui passait à deux cents pas devant les fenêtres de mon oncle, devint un son sacré pour moi, et qui sur-le-champ me transportait dans le ciel.

Ici déjà les phrases me manquent, il faudra que je travaille et transcrive les morceaux, comme il m’arrivera plus tard pour mon séjour à Milan; où trouver des mots pour peindre le bonheur parfait goûté avec délices et sans satiété par une aine sensible jusqu’à l’anéantissement et la folie?

Je ne sais si je ne renoncerai pas à ce travail. Je ne pourrais, ce me semble, peindre ce bonheur ravissant, pur, frais, divin, que par l’énumération des maux et de l’ennui dont il était l’absence complète. Or, ce doit être une triste façon de peindre3 le bonheur.

3.… triste façon de peindre le bonheur.—Variante: «Rendre.»

Une course de sept heures dans un cabriolet léger par Voreppe, la Placette et Saint-Laurent-du-Pont me conduisit au Guiers, qui alors séparait la France de la Savoie4. Donc, alors la Savoie n’était point conquise par le général Montesquiou, dont je vois encore le plumet; elle fut occupée vers 1792, je crois. Mon divin séjour aux Échelles est donc de 1790 ou 91. J’avais sept ou huit ans.

4.… qui alors séparait la France de la Savoie.—On lit en tête du fol. 5: «18 déc. Froid de loup près du feu.»

Ce fut un bonheur subit, complet, parfait, amené et maintenu par un changement de décoration. Un voyage amusant de sept heures fait disparaître à jamais Séraphie, mon père, le rudiment, le maître de latin, la triste maison Gagnon de Grenoble, la bien autrement triste maison de la rue des Vieux-Jésuites.

Séraphie, le cher père5, tout ce qui était si terrible et si puissant à Grenoble me manque aux Échelles. Ma tante Camille Poucet, mariée à mon oncle Gagnon, grande et belle personne, était la bonté et la gaieté même. Un an ou deux avant ce voyage, près du pont de Claix, du côté de Claix, au point A6, j’avais entrevu un instant sa peau blanche à deux doigts au-dessus des genoux, comme elle descendait de notre charrette couverte. Elle était pour moi, quand je pensais à elle, un objet du plus ardent désir. Elle vit encore, je ne l’ai pas vue depuis trente ou trente-trois ans, elle a toujours été parfaitement bonne. Etant jeune, elle avait une sensibilité vraie. Elle ressemble beaucoup à ces charmantes femmes de Chambéry (où elle allait souvent, à cinq lieues de chez elle) si bien peintes par J.-J. Rousseau (Confessions)7; elle avait une sœur de la beauté la plus fine, du teint le plus pur, avec laquelle il me semble que mon oncle faisait un peu l’amour. Je ne voudrais pas jurer qu’il n’honorât aussi de ses attentions la Fanchon, la femme de chambre factotum, la meilleure et la plus gaie des filles, quoique point jolie.

5.… le cher père …—Lecture incertaine.

6.…du côté de Claix, au point A …—En face, dans la marge, est un dessin représentant une coupe du pont de Claix. Le point A est sur la route, au sud du pont, sur la rive gauche du Drac.

7.… J.-J. Rousseau (Confessions) …—On lit en tête du fol. 7: «18 décembre 1835. Froid à deux pieds de mon feu. Omar.»

Tout fut sensations exquises et poignantes de bonheur dans ce voyage, sur lequel je pourrais écrire, vingt pages de superlatifs.

La difficulté, le regret profond de mal peindre et de gâter ainsi un souvenir céleste, où le sujet surpasse trop le disant, me donne une véritable peine au lieu du plaisir d’écrire. Je pourrai bien ne pas décrire du tout par la suite le passage du Mont-Saint-Bernard avec l’armée de réserve (16 au 18 mai 1800) et le séjour à Milan dans la Casa Castelbarco ou dans la Casa Bovara.

Enfin, pour ne pas laisser en blanc le voyage des Échelles, je noterai quelques souvenirs qui doivent donner une idée aussi inexacte que possible des objets qui les causèrent. J’avais huit ans lorsque j’eus cette vision du ciel.

Une idée me vient, peut-être que tout le malheur de mon affreuse vie de Grenoble, de 1790 à 1799, a été un bonheur, puisqu’il a amené le bonheur, que pour moi rien ne peut surpasser, du séjour aux Échelles et du séjour à Milan du temps de Marengo.

Arrivé aux Échelles, je fus l’ami de tout le monde, tout le monde me souriait comme à un enfant rempli d’esprit. Mon grand-père, homme du monde, m’avait dit: «Tu es laid, mais personne ne te reprochera jamais ta laideur.»

J’ai appris, il y a une dizaine d’années, qu’une des femmes qui m’a le mieux ou du moins le plus longtemps aimé, Victorine Bigillion, parlait de moi dans les mêmes termes après vingt-cinq ans d’absence.

Aux Échelles, je fis mon amie intime de la Fauchon, comme on l’appelait. J’étais en respect devant la beauté de ma tatan Camille et n’osais guère lui parler, je la dévorais des yeux. On me conduisit chez MM. Bonne ou de Bonne, car ils prétendaient fort à la noblesse, je ne sais même s’ils ne se disaient pas parents de Lesdiguières.

J’ai, quelques années après, retrouvé trait pour trait le portrait de ces bonnes gens dans les Confessions de Rousseau, à l’article Chambéry.

Bonne l’aîné, qui cultivait le domaine de Berlandet, à dix minutes des Échelles, où il donna une fête charmante avec des gâteaux et du lait, où je fus monté sur un âne mené par Grubillon fils, était le meilleur des hommes; son frère M. Biaise, le notaire, en était le plus nigaud. On se moquait toute la journée de M. Blaise, qui riait avec les autres. Leur frère, Bonne-Savardin, négociant à Marseille, était fort élégant: mais le courtisan de la famille, le roué que tous regardaient avec respect, était au service du roi à Turin, et je ne fis que l’entrevoir.

Je ne me souviens de lui que par un portrait que Mme Camille Gagnon a maintenant dans sa chambre à Grenoble (la chambre de feu mon grand-père; le portrait, garni d’une croix rouge, dont toute la famille est fière, est placé entre la cheminée et le petit cabinet8).

8.… entre la cheminée et le petit cabinet.—En face, est un plan de la chambre, avec la place du portrait, près de la cheminée.

Il y avait aux Échelles une grande et belle fille, Lyonnaise réfugiée. (Donc la Terreur avait9 commencé à Lyon, ceci pourrait me donner une date certaine. Ce délicieux voyage eut lieu avant la conquête de la Savoie par le général Montesquiou, comme on disait alors, et après que les royalistes se sauvaient de Lyon.)

9.Donc la Terreur avait commencé …—Variante: «Etait commencée.»

Mlle Cochet était sous la tutelle de sa mère, mais accompagnée par son amant, un beau jeune homme, M…10, brun et qui avait l’air assez triste. Il me semble qu’ils venaient seulement d’arriver de Lyon. Depuis, Mlle Cochet a épousé un bel imbécile de mes cousins (M. Doyat, de La Terrasse, et a eu un fils à l’École polytechnique. Il me semble qu’elle a été un peu la maîtresse de mon père). Elle était grande, bonne, assez jolie et, quand je la connus aux Échelles, fort gaie. Elle fut charmante à la partie de Berlandet. Mais Mlle Poncet, sœur de Camille (aujourd’hui madame veuve Blanchet), avait une beauté plus fine; elle parlait fort peu.

10.… un beau jeune homme, M …—Le nom est en blanc.

La mère de ma tante Camille et de MMlle …11, madame Poncet, sœur des Bonne et de madame Giraud, et belle-mère de mon oncle, était la meilleure des femmes. Sa maison, où je logeais, était le quartier général de la gaieté12.

11.La mère de ma tante Camille et de Mlle …—Le nom est en blanc. Il s’agit sans doute de Marie Poncet, sœur de madame Romain Gagnon.

12.Sa maison, où je logeais …—Plan des Échelles et de ses environs, avec la maison Poncet (M). «Aux points AA étaient les poteaux avec les armes de Savoie du cité de la rive droite.»

Cette maison délicieuse avait une galerie de bois, et un jardin du côté du torrent le Guiers. Le jardin était traversé obliquement par la digue du Guiers13.

13.… par la digue du Guiers.—Ici, un plan de la maison Poncet, avec le jardin traversé par la digue du Guiers.

À une seconde partie à Berlandet je me révoltai par jalousie, une demoiselle que j’aimais avait bien traité un rival de vingt ou vingt-cinq ans. Mais quel était l’objet de mes amours? Peut-être cela me reviendra-t-il comme beaucoup de choses me reviennent en écrivant. Voici le lieu de la scène14, que je vois aussi nettement que si je l’eusse quitté il y a huit jours, mais sans physionomie.

14.Voici le lieu de la scène …—Suit un plan grossier de la scène: derrière une haie se trouve Beyle jetant des pierres aux dames, assises sur une «pente rapide en gazon». C’est une «pente de huit ou dix pieds où toutes ces dames étaient assises, On riait, on buvait du ratafia de Teisseire (Grenoble), les verres manquant, dans des dessus de tabatière d’écaillé». Plus haut est l’arbre M dans la fourche duquel fut placé Beyle, en O; tout près est un ruisseau, le long duquel il s’enfuit.

Après ma révolte par jalousie, du point A je jetai des pierres à ces dames. Le grand Corbeau (officier en semestre) me prit et me mit sur un pommier ou mûrier en M, au point O, entre deux branches dont je n’osais pas descendre. Je sautai, je me lis mal, je m’enfuis vers Z.

Je m’étais un peu foulé le pied et je fuyais en boitant; l’excellent Corbeau me poursuivit, me prit et me porta sur ses épaules jusqu’aux Échelles.

Il jouait un peu le rôle de patito, me disant qu’il avait été amoureux de Mlle Camille Poncet, ma tante, qui lui avait préféré le brillant Romain Gagnon, jeune avocat de Grenoble revenant d’émigration à Turin15.

15.… revenant d’émigration à Turin.—En tête du fol. 17 on lit: «18 décembre 1835. Froid; jambe gauche gelée.»

J’entrevis à ce voyage Mlle Thérésine Maistre, sœur de M. le comte de Maistre, surnommé Bance, et c’est Bance, auteur du Voyage autour de ma Chambre, dont j’ai vu la montée à Rome vers 1832; il n’est plus qu’un ultra fort poli, dominé par une femme russe, et s’occupant encore de peinture. Le génie et la gaieté ont disparu, il n’est resté que la bonté.

Que dirai-je d’un voyage à la Grotte16? J’entends encore les gouttes silencieuses tomber du haut des grands rochers sur la route. On fit quelques pas dans la grotte avec ces dames: Mlle Poncet eut peur, Mlle Cochet montra plus de courage. Au retour, nous passâmes par le pont Jean-Lioud (Dieu sait quel est son vrai nom).

16.Que dirai-je d’un voyage à la Grotte?—Au verso du fol. 17 est un plan des environs des Échelles. La grotte y est figurée, avec son entrée sur la «route de Chambéry», non loin des «roches énormes coupées par Philibert-Emmanuel» et de la «coupure dans le roc par Napoléon». Y sont figurés l’ «ancienne route» des Échelles, la «nouvelle route que je n’ai jamais vue, faite vers 1810», et le sentier conduisant, au «pont Jean-Lioud, à 100 pieds ou 80 au-dessus du torrent».—Au verso du fol. 18 est encore un plan du défilé de Chailles; Stendhal y a indiqué la situation de «Corbaron, domaine de M. de Corbeau». Dessous est un «détail des Portes de Chailles»: «là sont quatre diocèses». Le pont Jean-Lioud, que Stendhal orthographie Janliou, est jeté sur le Guiers-Mort, lequel avait son cours entièrement en France. C’est le Guiers-Vif qui servait de frontière entre la France et la Savoie.—Actuellement, le pont Jean-Lioud est une passerelle en bois, utilisée par le charmant chemin qui va d’Entre-deux-Guiers à Villette, près Saint-Laurent-du-Pont.]

Que dirai-je d’une chasse dans le bois de Berland, rive gauche du Guiers, près le pont Jean-Lioud? Je glissais souvent sous les immenses hêtres. M…, l’amant de Mlle Cochet, chassait avec … (les noms et les images sont échappés). Mon oncle donna à mon père un chien énorme, nommé Berland, de couleur noirâtre. Au bout d’un an ou deux, ce souvenir d’un pays délicieux pour moi mourut de maladie, je le vois encore.

Sous les bois de Berland je plaçai les scènes de l’Arioste.

Les forets de Berland et les précipices en forme de falaises qui les bornent du côté de la route de Saint-Laurent-du-Pont devinrent pour moi un type cher et sacré. C’est là que j’ai placé tous les enchantements d’Ismène de la Jérusalem délivrée. A mon retour à Grenoble, mon grand-père me laissa lire la traduction de la Jérusalem par Mirabaud, malgré toutes les observations et réclamations de Séraphie.

Mon père, le moins élégant, le plus finasseur, le plus politique, disons tout en un mot, le plus Dauphinois des hommes, ne pouvait pas n’être pas jaloux de l’amabilité, de la gaieté, de l’élégance physique et morale de mon oncle.

Il l’accusait de broder (mentir); voulant être aimable comme mon oncle à ce voyage aux Échelles, je voulus broder pour l’imiter.

J’inventai je ne sais quelle histoire de mon rudiment. (C’est un volume caché par moi sous mon lit pour que le maître de latin (était-ce M. Joubert ou M. Durand?) ne me marquât pas (avec l’ongle) les leçons à apprendre aux Échelles.)

Mon oncle découvrit sans peine le mensonge d’un enfant de huit ou neuf ans; je n’eus pas la prudence d’esprit de lui dire: «Je cherchais à être aimable comme toi!» Comme je l’aimais, je m’attendris, et la leçon me fit une impression profonde.

En me grondant (reprenant) avec cette raison et cette justice, on eût tout fait de moi. Je frémis en y pensant: si Séraphie eût eu la politesse et l’esprit de son frère, elle eût fait de moi un jésuite17.

17.… elle eût fait de moi un jésuite.—Ms.: «Tejé.»

(Je suis tout confit de mépris aujourd’hui. Que de bassesse et de lâcheté il y a dans les généraux de l’Empire! Voilà le vrai défaut du genre de génie de Napoléon: porter aux premières dignités un homme parce qu’il est brave et a le talent de conduire une attaque. Quel abîme de bassesse et de lâcheté morales que les Pairs18 qui viennent de condamner le sous-officier Samto à une prison perpétuelle, sous le soleil de Pondichéry, pour une faute méritant à peine six mois de prison! Et six pauvres jeunes gens ont déjà subi vingt mois (18 décembre 1835)!

18.…les Pairs …—Ms.: «Sraip.»

Dès que j’aurai reçu mon Histoire de la Révolution de M. Thiers, il faut que j’écrive dans le blanc du volume de 1793 les noms de tous les généraux Pairs19 qui viennent de condamner M. Thomas, afin de les mépriser suffisamment tout en lisant les belles actions qui les firent connaître vers 1793. La plupart de ces infâmes ont maintenant soixante-cinq à soixante-dix ans. Mon plat ami Félix Faure a la bassesse infâme sans les belles actions. Et M. d’Houdetot20! Et Dijon! Je dirai comme Julien: Canaille! Canaille! Canaille!)

19.… tous les généraux Pairs …—Ms.: «Sairp.»

20.… M. d’Houdetot …—Ms.: «Detothou.»

Excusez cette longue parenthèse, ô lecteur de 1880! Tout ce dont je parle sera oublié à cette époque. La généreuse indignation qui fait palpiter mon cœur m’empêche d’écrire davantage sans ridicule. Si en 1880 on a un gouvernement passable, les cascades, les rapides, les anxiétés par lesquelles la Fr[ance] aura passé pour y arriver seront oubliées, l’histoire n’écrira qu’un seul mot à celui du nom de Louis-Philippe: le plus fripon des Kings.

M. de Corbeau, devenu mon ami depuis qu’il m’avait rapporté sur son dos de Berlandet aux Échelles, me menait à la pêche de la truite à la ligne dans le Guiers. Il pêchait entre les portes de Chailles, au bas des précipices du défilé de Chailles, et le pont des Échelles, quelquefois vers le pont Jean-Lioud. Sa ligne avait quinze ou vingt pieds. Vers Chailles, en relevant vivement l’hameçon, sa ligne de crin blanc passa sur un arbre, et la truite de trois-quarts de livre21 nous apparut pendant à vingt pieds de terre au haut de l’arbre, qui était sans feuilles. Quelle joie pour moi22!

21.… la truite de trois-quarts de livre …—Suit une parenthèse comprenant trois ou quatre mots illisibles.

22.Quelle joie pour moi!—Le chapitre est inachevé. On lit à la fin: «A 4 h. 50 m., manque de jour; je m’arrête.»

[p. 166] [p. 167]