Acte IV
Scène II
Le Menteur, Pierre Corneille (1644)·Texte intégral, scène 22 sur 36·Livre complet →
Dorante, Alcippe, Cliton.
Alcippe
Je te veux, cher ami, faire part de ma joie.
Je suis heureux : mon père…
Dorante
Eh bien ?
Alcippe
Vient d’arriver.
Cliton, à Dorante.
Cette place pour vous est commode à rêver.
Dorante
Ta joie est peu commune, et pour revoir un père
Un tel homme que nous ne se réjouit guère.
Alcippe
Un esprit que la joie entièrement saisit
Présume qu’on l’entend au moindre mot qu’il dit.
Sache donc que je touche à l’heureuse journée
Qui doit avec Clarice unir ma destinée :
On attendoit mon père afin de tout signer.
Dorante
C’est ce que mon esprit ne pouvoit deviner ;
Mais je m’en réjouis. Tu vas entrer chez elle ?
Alcippe
Oui, je lui vais porter cette heureuse nouvelle ;
Et je t’en ai voulu faire part en passant.
Dorante
Tu t’acquiers d’autant plus un cœur reconnoissant.
Enfin donc ton amour ne craint plus de disgrâce ?
Alcippe
Cependant qu’au logis mon père se délasse,
J’ai voulu par devoir prendre l’heure du sien.
Cliton, à Dorante.
Les gens que vous tuez se portent assez bien.
Alcippe
Je n’ai de part ni d’autre aucune défiance.
Excuse d’un amant la juste impatience :
Adieu.
Dorante
Le ciel te donne un hymen sans souci !