LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · CXVI
Fuyons, Dilliers, fuyons ceste cruelle terre
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 116 sur 193·Livre complet →
Fuyons, Dilliers, fuyons ceste cruelle terre,
Fuyons ce bord avare, et ce peuple inhumain,
Que des Dieux irritez la vengeresse main
Ne nous accable encor’ sous un mesme tonnerre.
Mars est desenchainé, le temple de la guerre
Est ouvert à ce coup : le grand Prestre Romain
Veult foudroyer là bas l’heretique Germain,
Et l’Espagnol marran, ennemis de sainct Pierre.
On ne voit que soldats, enseignes, gomphanons,
On n’oit que tabourins, trompettes, et canons,
On ne voit que chevaux courans parmi la plaine :
On n’oit plus raisonner que de sang, et de feu,
Maintenant on verra, si jamais on l’a veu,
Comment se sauvera la nacelle Romaine.