LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · XLI
N’estant de mes ennuis la fortune assouvie
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 41 sur 193·Livre complet →
N’estant de mes ennuis la fortune assouvie,
A fin que je devinsse à moy-mesme odieux,
M’osta de mes amis celuy que j’aymois mieux,
Et sans qui je n’avois de vivre nulle envie.
Donc l’eternelle nuict a ta clarté ravie,
Et je ne t’ay suivi parmi ces obscurs lieux ?
Toi, qui m’as plus aimé que ta vie et tes yeux,
Toy, que j’ay plus aimé que mes yeux et ma vie.
Helas, cher compaignon, que ne puis-je estre encor
Le frere de Pollux, toy celui de Castor,
Puis que nostre amitié fut plus que fraternelle ?
Reçoy donques ces pleurs pour gage de ma foy,
Et ces vers qui rendront, si je ne me deçoy,
De si rare amitié la mémoire éternelle.