LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY ANGEVIN · XXVII
Ce n’est l’ambition ni le soin d’acquerir
Les Regrets, Joachim du Bellay (1558)·Texte intégral, poème 27 sur 193·Livre complet →
Ce n’est l’ambition ni le soin d’acquerir
Qui m’a fait delaisser ma rive paternelle,
Pour voir ces monts couvers d’une neige eternelle,
Et par mille dangers ma fortune querir.
Le vray honneur, qui n’est coustumier de perir,
Et la vraye vertu, qui seule est immortelle,
Ont comblé mes desirs d’une abondance telle,
Qu’un plus grand bien aux dieux je ne veux requerir.
L’honneste servitude où mon devoir me lie,
M’a fait passer les monts de France en Italie,
Et demourer trois ans sur ce bord estranger,
Où je vy languissant : ce seul devoir encore
Me peut faire changer France à l’Inde et au More,
Et le Ciel à l’Enfer me peut faire changer.