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Acte V

Scène 6

Le Tartuffe, Molière (1664)·Texte intégral, scène 31 sur 33·Livre complet →

Valère, Orgon, Madame Pernelle, Elmire, Cléante, Mariane, Damis, Dorine.

Valère

Avec regret, monsieur, je viens vous affliger ;

Mais je m’y vois contraint par le pressant danger.

Un ami, qui m’est joint d’une amitié fort tendre,

Et qui sait l’intérêt qu’en vous j’ai lieu de prendre,

A violé pour moi, par un pas délicat,

Le secret que l’on doit aux affaires d’État,

Et me vient d’envoyer un avis dont la suite

Vous réduit au parti d’une soudaine fuite.

Le fourbe qui longtemps a pu vous imposer

Depuis une heure au prince a su vous accuser,

Et remettre en ses mains, dans les traits qu’il vous jette,

D’un criminel d’État l’importante cassette,

Dont, au mépris, dit-il, du devoir d’un sujet,

Vous avez conservé le coupable secret.

J’ignore le détail du crime qu’on vous donne ;

Mais un ordre est donné contre votre personne ;

Et lui-même est chargé, pour mieux l’exécuter,

D’accompagner celui qui vous doit arrêter.

Cléante

Voilà ses droits armés ; et c’est par où le traître

De vos biens qu’il prétend cherche à se rendre maître.

Orgon

L’homme est, je vous l’avoue, un méchant animal !

Valère

Le moindre amusement vous peut être fatal.

J’ai, pour vous emmener, mon carrosse à la porte,

Avec mille louis qu’ici je vous apporte.

Ne perdons point de temps : le trait est foudroyant ;

Et ce sont de ces coups que l’on pare en fuyant.

À vous mettre en lieu sûr je m’offre pour conduite,

Et veux accompagner, jusqu’au bout, votre fuite.

Orgon

Las ! que ne dois-je point à vos soins obligeants !

Pour vous en rendre grâce, il faut un autre temps ;

Et je demande au ciel de m’être assez propice

Pour reconnaître un jour ce généreux service.

Adieu : prenez le soin, vous autres.

Cléante

Allez tôt.

Nous songerons, mon frère, à faire ce qu’il faut.