Acte III
Scène II
Andromaque, Jean Racine (1667)·Texte intégral, scène 11 sur 26·Livre complet →
Hermione, Oreste, Cléone
Oreste
Hé bien ! mes soins vous ont rendu votre conquête.
J’ai vu Pyrrhus, Madame, et votre hymen s’apprête.
Hermione
On le dit ; et de plus on vient de m’assurer
Que vous ne me cherchiez que pour m’y préparer.
Oreste
Et votre âme à ses vœux ne sera pas rebelle ?
Hermione
Qui l’eût cru, que Pyrrhus ne fût pas infidèle ?
Que sa flamme attendroit si tard pour éclater,
Qu’il reviendroit à moi quand je l’allois quitter ?
Je veux croire avec vous qu’il redoute la Grèce,
Qu’il suit son intérêt plutôt que sa tendresse.
Que mes yeux sur votre âme étoient plus absolus.
Oreste
Non, Madame : il vous aime, et je n’en doute plus.
Vos yeux ne font-ils pas tout ce qu’ils veulent faire ?
Et vous ne vouliez pas sans doute lui déplaire.
Hermione
Mais que puis-je, Seigneur ? On a promis ma foi.
Lui ravirai-je un bien qu’il ne tient pas de moi ?
L’amour ne règle pas le sort d’une princesse :
La gloire d’obéir est tout ce qu’on nous laisse.
Cependant je partois ; et vous avez pu voir
Combien je relâchois pour vous de mon devoir.
Oreste
Ah ! que vous saviez bien, cruelle… Mais, Madame,
Chacun peut à son choix disposer de son âme.
La vôtre étoit à vous. J’espérois ; mais enfin
Vous l’avez pu donner sans me faire un larcin.
Je vous accuse aussi bien moins que la fortune.
Et pourquoi vous lasser d’une plainte importune ?
Tel est votre devoir, je l’avoue ; et le mien
Est de vous épargner un si triste entretien.