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LE PREMIER LIVRE DES ODES

ODE XIIII. A ANTOINE DE BAIF.

Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 14 sur 185·Livre complet →

Stro. 1.

J’ay tousjours celé les fautes

Dont mes amis sont tachez,

J’ay tousjours teu leurs pechez,

Et non pas leurs vertus hautes :

Car moy qui suis le sonneur

Et le courrier des merites,

Je n’employe mes Charites

Qu’à la trafique d’honneur,

Que le Ciel large donneur

Ayant pareil soin de toy,

T’a departy comme à moy,

Versant sur ta langue sage

Un saint tresor de beaux vers,

Afin que son doux message

S’espande par l’univers.

Antistro.

Maint chemin nous peut attraire

Pour venir à la vertu :

D’un bien un tel est vestu,

L’autre d’un autre au contraire.

Premiere j’ay dit la façon

D’accorder le luth aux Odes,

Et premier tu t’accommodes

A la tragique chanson,

Espouvantant d’un grand son

Et d’un stile tel qu’il faut

Nostre François eschafaut :

Des grands Princes miserables

Trainant en long les regrets

Par tonnerres execrables

Bruyans és tragiques Grecs.

Epode.

» D’esprit, et d’art, volontiers

» En tout differents nous sommes :

» Ne deux ne quatre mestiers

» Ne nourrissent pas les hommes :

» Mais quiconque a le sçavoir,

» Celui doit l’honneur avoir.

O Baïf, la plume pronte

A vouloir monter aux cieux,

D’un vol qui la mort surmonte,

Trompe l’enfer odieux.