LE PREMIER LIVRE DES ODES
ODE XIII. A JEAN D’AURAT, Lecteur du Roy.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 13 sur 185·Livre complet →
Stro. 1.
» Le medecin de la peine
» Est le plaisir qui ameine
» Le repos avecque luy,
Et les Odes qui nous flatent
Par leurs douceurs qui abbatent
La memoire de l’ennuy.
Le bain ne soulage pas
Si bien les corps qui sont las,
Comme la loüange douce
Nous soulage, que du pouce
Faisons sur le luth courir,
Par qui les playes de l’âme
(Lors qu’un desplaisir l’entame)
Nous oignons pour la guerir.
Antistro.
Certes ma chanson sucrée,
Qui les grands Princes recrée,
Te pourra bien derider
Apres ta peine publique,
Où ta faconde s’applique
Pour la jeunesse guider.
Le haut bruit de ton sçavoir
Par ce siecle nous fait voir
Que tu brises l’Ignorance,
Renommé parmy la France
Comme un oracle des Dieux,
Pour desnouër aux plus sages
Les plus ennouëz passages
Des livres laborieux.
Epode.
Tant d’ames ne courent pas
Apres Alcée là bas,
Quand hautement il accorde
Les guerres dessus sa corde,
Comme ta douce merveille
Emmoncelle par milliers
Un grand peuple d’escoliers
Que tu tires par l’oreille.