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LE SECOND LIVRE DES ODES

ODE II. A CALLIOPE

Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 24 sur 185·Livre complet →

Descen du ciel Calliope, et repousse

Tous les ennemis (sic ) de moy ton nourrisson,

Soit de ton luth, ou soit de ta voix douce,

Et mes soucis charme de ta chanson.

Par toy je respire,

C’est toy qui ma lyre

Aux honneurs conduis :

C’est toy, ma Princesse,

Qui me fais sans cesse

Fol comme je suis.

Certainement avant que né je fusse,

Pour te chanter tu m’avois ordonné :

Le Ciel voulut que ceste gloire j’eusse

Par ta faveur avant que d’estre né.

La bouche m’agrée

Que ta voix sucrée

De son miel a peu,

Et qui sur Parnase

De l’eau de Pegase

Gloutement a beu.

Heureux celui que ta folie affole,

Ta douce erreur ne le peut faire errer :

Voire et si doit par sa douce parole

Hors du tombeau tout vif se deterrer.

Ton bien sans dessertes

Tu m’a donné certes,

Qui n’eu jamais soin

D’apprendre la lettre :

Toutefois mon metre

S’entend d’assez loin.

Dieu est en nous, et par nous fait miracles :

Si qu’un Poëte et ses vers furieux

Sont du haut ciel les plus secrets oracles

Que par sa bouche annoncent à noz yeux.

Si dez mon enfance

Le premier de France

J’ay pindarizé,

De telle entreprise

Heureusement prise

Je me voy prisé.

» Chacun n’a pas les Muses en partage,

» Ne leur fureur tout estomac ne point :

A qui le ciel a fait tel avantage,

Veinqueur des ans son nom ne mourra point.

Durable est sa gloire,

Tousjours la memoire

Sans mourir le suit :

Comme vent, grand erre

Par mer et par terre

S’escarte son bruit.

C’est toy qui fais que j’aime les fontaines

Tout esloigné du vulgaire ignorant,

Tirant mes pas sur les roches hautaines

Apres les tiens que je vais adorant.

Tu es ma liesse,

Tu es ma Déesse,

Tu es mes souhais :

Si rien je compose,

Si rien je dispose,

En moy tu le fais.

Dedans quel antre, en quel desert sauvage

Me guides-tu, et quel ruisseau sacré

A ta grandeur, me sera doux breuvage

Pour mieux chanter ta louange à mon gré ?

Nous sçavons bien comme

Roland de sage homme

Devint fol d’aimer,

Et comme Angelique

Vierge mal pudique

Repassa la mer.

Nous cognoissons Mandricard à ses armes,

Du bon Roger l’histoire ne nous fuit,

Ny le vieillard qui murmurant ses charmes

Avoit d’airain le vain Palais construit.

Ça page, ma lyre,

Je veux faire bruire

Ses languettes d’or :

La divine grace

Des beaux vers d’Horace

Me plaist bien encor.

Mais tout soudain d’un haut stile plus rare

Je veux sonner le sang Hectorean,

Changeant le son du Dircean Pindare

Au plus haut bruit du chantre Smyrnean.