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LE SECOND LIVRE DES ODES

ODE I. AU ROY HENRY II.

Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 23 sur 185·Livre complet →

Je te veux bastir une Ode,

La maçonnant à la mode

De tes Palais honorez,

Qui pour parade ont l’entrée

Et de marbres acoustrée,

Et de hauts piliers dorez,

Afin que le front de l’œuvre

Du premier regard descœuvre

Tout le riche bastiment :

Ainsi (PRINCE) je veux mettre

Au premier front de mon metre

Tes vertus premierement.

Sur deux termes de Memoire

Je veux graver la victoire

Dont l’Anglois fut combatu,

Et veux encore y portraire

Les batailles de ton Pere

Soustenu de ta vertu,

Lors que ton jeune courage

S’opposa contre la rage

De l’Empereur despité,

Se vantant d’avoir la foudre

Dont il devoit mettre en poudre

Paris ta grande cité.

» Le conseil et la vaillance

» Par une égale balance

» Tousjours veillent à l’entour

» Des affaires, qui sont pleines

» D’un Labyrinthe de peines,

» S’entre-suivans à leur tour.

Ce que la faveur celeste

Par toy nous rend manifeste,

Comme n’ayant desdaigné

Dez ta premiere jeunesse

De conseil et de prouësse

Tousjours estre accompaigné.

Aussi Prince, ta main forte

A fait voir en mainte sorte

L’impuissance d’eviter

Les efforts de ton armée,

Et la colere enflammée

A qui la vient irriter.

Sur la roche Thespienne

Des Sœurs la plus ancienne

Qui de tes faits a soucy,

Me garde autre melodie,

Afin qu’un jour je la die

Bien plus haut que ceste-cy.

De celle aux peuples estranges

Je sonneray tes louanges,

Lors que ton bras belliqueur

Aura foudroyé le monde,

Et que Thetis de son onde

Te confessera veinqueur :

Et lors que ta main non chiche

M’aura fait heureux et riche,

Me faisant sentir combien

La bonté Cesariale

D’Auguste fut liberale

Vers l’autheur Aenien.

Les Muses ont à leur corde

Deux tons divers : l’un accorde

A la guerre des grands Rois,

L’autre plus bas, ne s’allie

Qu’avec le luth de Thalie

Touché doucement des dois.

De ce bas ton je te chante

Maintenant, et si me vante

De ne sonner jamais Roy

Qui en bonté te resemble,

Ne Prince qui soit ensemble

Si preux et sçavant que toy.

Oy donc ma voix qui s’efforce

De crier à toute force

Que l’honneur qu’on voit escrit

Es oracles poëtiques,

Celebrant les Rois antiques,

Est seul bien de ton esprit.

Sus sus FRANCE, ouvre la bouche

Au son du luth que je touche :

Dy que le Ciel t’a donné

Un Roy dispos à combatre,

Et prompt par les loix d’abatre

Le peché desordonné.

Et toy Vandomoise lyre,

Mieux que devant faut eslire

Un vers pour te marier,

Afin que tu faces croire

Que veritable est la gloire

Qu’on t’a voulu dedier.

Tu resjouys nostre Prince,

Tu contentes sa province,

Et mille furent espris

De contrefaire ta grace,

Et suivans ta mesme trace

Ont voulu gaigner le pris.

Mais ô Phœbus, authorise

Mon chant, et le favorise,

Qui ose entonner le loz

De ce grand Roy qui t’honore,

Et ses beaux blasons decore

De l’arc qui charge ton doz.

Et fay tant que sa hautesse

Daigne voir ma petitesse

Qui vient des rives du Loir

Criant sa force et justice,

Afin que l’âge qui glisse,

Ne les mette à nonchaloir :

Et qui doit chanter la gloire

De sa future victoire,

» S’elle avient : car en tout lieu

» De la chose non tissuë

» L’heureuse fin et l’issuë

» Se cache en la main de Dieu.