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LE TROISIEME LIVRE DES ODES

ODE VIII. A DIANE DE POITIERS, Duchesse de Valentinois.

Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 70 sur 185·Livre complet →

Quand je voudrois celebrer ton renom,

Je ne dirois que Diane est ton nom,

Car on feroit sans se travailler guiere

De ton seul nom une Iliade entiere :

Mais recherchant tes honneurs de plus loin,

Je chanterois d’un Pindarique soin

Tes vieux ayeux valeureux en la guerre,

Qui ont porté le Sceptre en mainte terre,

Enfans de Rois, ou de Rois heritiers.

Je chanterois le beau sang de Poitiers

Venu du Ciel, et la race divine

Que Remondin conceut en Meluzine.

Je chanterois comme l’un de leurs fils

Aux bords du Clain dormant, luy fut advis

Que hors de l’eau le petit Dieu de l’onde

Jusques au col tiroit sa teste blonde,

L’admonestant d’aller en Dauphiné :

Et luy disoit, Enfant predestiné

Pour commander à plus haute riviere,

Laisse mes bords, cherche la rive fiere

Du large Rhosne, et poursuy ton destin

Qui conduira ta voye à bonne fin :

Car ja le Ciel pour jamais à ta race

Aux bords du Rhosne a destiné la place.

Il luy conta quels Seigneurs et quels Rois

Naistroient de luy, et en combien d’endrois

Soit d’Italie, ou d’Espagne, ou de France,

Tiendroient le Sceptre en longue obeyssance.

Il luy chanta ses hoirs de point en point,

Ceux qui mourroient, ceux qui ne mourroient point

Ains que regner, et combien de Princesses

Viendroient de luy, de Ducs et de Duchesses.

Mais par-sur tous, ce fleuve luy chantoit

D’une Diane, et jurant, promettoit

Qu’ell’ passeroit en chasteté Lucrece,

Et en beauté ceste Helene de Grece :

Qu’elle prendroit d’un seul trait de ses yeux

Les cœurs ravis des hommes et des Dieux,

Et qu’à jamais ses fameuses louanges

Iroient volant par les terres estranges.

Disant ainsi le fleuve devalla

Son chef dans l’eau, et l’enfant s’en-alla

Tout bouillonnant d’affection nouvelle

D’estre l’ayeul d’une race si belle.

Je chanterois encores ta bonté,

Ton port divin, ta grace, et ta beauté :

Comme tousjours ta bien-heureuse vie

A repoussé par sa vertu l’envie.

Je chanterois vers l’Eglise ta foy,

Comme tu es la parente du Roy

Qui te cherit comme une Dame sage,

De bon conseil, et de gentil courage,

Grave, benigne, aimant les bons espris,

Et ne mettant les Muses à mespris.

Je chanterois d’Annet les edifices,

Termes, piliers, chapiteaux, frontispices,

Voutes, lambris, canelures, et non

Comme plusieurs, les fables de ton nom :

Et te louant, je chanterois peut estre

Si hautement, que ce grand Roy mon maistre

En ta faveur auroit l’ouvrage à gré

Qu’en vœu j’aurois à tes pieds consacré.