LE TROISIEME LIVRE DES ODES
ODE IX. A PHOEBUS, luy vouant ses cheveux.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 71 sur 185·Livre complet →
Dieu perruquier (qui autrefois
Bany du ciel, parmy les bois,
D’Admete gardas les toreaux,
Fait compagnon des pastoureaux)
Mes cheveux j’offre à tes autels :
Et bien qu’ils ne soient immortels,
Ils te seront doux et plaisans,
Pour estre la fleur de mes ans.
Mainte fille par amitié
En a souhaité la moitié
Pour s’en tifer : mais je ne veux
O Phœbus Roy des beaux cheveux,
Rien de ma part te presenter
Dont quelqu’un se puisse vanter :
Car c’est toy qui n’as desdaigné
De m’avoir seul accompagné,
Quand premier je m’yvray de l’eau
Qui court sur le double coupeau.
A mon resveil il me sembla
Qu’un chœur de vierges s’assembla,
Et que Calliope aux beaux yeux,
La Muse qui chante le mieux,
Pour present son luth me donna,
Qui depuis en France sonna
Or’ bien, or’ mal en divers sons,
Bonnes et mauvaises chansons.