LE TROISIEME LIVRE DES ODES
ODE XVI. A JANNE.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 78 sur 185·Livre complet →
Jeune beauté, mais trop outrecuidée
Des presens de Venus,
Quand tu verras ta peau toute ridée
Et tes cheveux chenus,
Contre le temps et contre toy rebelle
Diras en te tansant,
Que ne pensoy-je alors que j’estoy belle
Ce que je vay pensant ?
Ou bien, pourquoy à mon desir pareille
Ne suis-je maintenant ?
» La beauté semble à la rose vermeille
» Qui meurt incontinant.
Voilà les vers tragiques, et la plainte
Qu’au ciel tu envoiras
Incontinent que ta face dépainte
Par le temps tu voirras.
Tu sçais combien ardemment je t’adore
Indocile à pitié,
Et tu me fuis, et tu ne veux encore
Te joindre à ta moitié.
O de Paphos, et de Cypre regente
Déesse aux noirs sourcis !
Plus tost encor que le temps, soit vengente
Mes desdaignez soucis,
Et du brandon, dont les cœurs tu enflames
Des jumens tout autour,
Brusle-la moy, afin que de ses flames
Je me rie à mon tour.