LE TROISIEME LIVRE DES ODES
ODE XV. SUR LA NAISSANCE DE FRANÇOIS, Dauphin de France, fils du Roy Henry II.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 77 sur 185·Livre complet →
[Non rimée]
En quel bois le plus separé
Du populaire, et en quel antre
Prens-tu plaisir de me guider
O Muse ma douce folie :
Afin qu’ardent de ta fureur,
Et du tout hors de moy, je chante
L’honneur de ce royal enfant
Qui doit commander à la France ?
Je cri’ray des vers non sonnez
Du Grec ny du Latin Poëte,
Plus hautement que sur le mont
Le Prestre Thracien n’entonne
Le cor à Bacchus dedié,
Ayant la poitrine remplie
D’une trop vineuse fureur.
Il me semble desja que j’erre
Seul par les antres, et qu’au fond
D’une solitaire vallée
Je chante les divins honneurs
Du grand-pere, et du pere ensemble.
Tandis Muse, sur son berceau
Seme le liz, seme la rose,
Et mainte fueille de laurier,
L’honneur des veinqueurs és batailles :
Je prevoy qu’il vous aimera,
Et employra la mesme dextre
Dont furieux aura veincu
L’Espagnol, et l’Anglois superbe,
A polir des vers qui feront
Voler son nom par-sus la terre :
Imitateur du grand Cesar
Vaillant et sçavant tout ensemble,
Qui le jour dontoit ses haineux,
Et la nuit escrivoit ses gestes.