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LE TROISIEME LIVRE DES ODES

ODE X. A MADELEINE.

Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 72 sur 185·Livre complet →

Les fictions, dont tu decores

L’ouvrage que tu vas peignant,

D’Hyacinth’, d’Europe, et encores

De Narcisse se complaignant

De son ombre le desdaignant,

Ne sont pas dignes de la peine,

Qu’en vain tu donnes à tes doits :

Car plustost soit d’or, soit de laine,

Ta toile peindre toute pleine

De ton tourment propre tu dois.

Quand je te voy, et voy encore

Ce vieil mary que tu ne veux,

Je voy Tithone, et voy l’Aurore,

Luy dormir, elle ses cheveux

Refrisoter de mille neuds

Pour aller chercher son Cephale :

Et quoy qu’il soit alangoré

De voir sa femme morte et palle,

Si suit-il celle qui égalle

Les roses d’un front coloré.

Parmy les bois errent ensemble

Se soulant de plaisir, mais lâs !

Jamais le jeune amour n’assemble

Un vieillard de l’amour si las

A un printemps tel que tu l’as.