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LE PREMIER LIVRE DES ODES

ODE XXI. A PIERRE PASCHAL.

Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 21 sur 185·Livre complet →

Ne seroy-je pas encore

Plus dur qu’un Scythe cruel,

Ou le flot continuel

Qui ronge le sablon More,

Si je n’emplumoy la gloire

De toy mon Paschal, afin

Qu’elle voltige sans fin

Dans le temple de Memoire ?

La chaine qui entrelace

Ton esprit avec le mien,

Et mon nom semblable au tien

Commande que je le face.

Ce m’est une douce peine

Chanter l’homme, en qui les cieux

Ont renversé tout le mieux

De leur influence pleine.

Quand sa clarté merveilleuse

Maugré l’obscur se fait voir

Par les rayons du sçavoir

De sa langue mielleuse :

Certes telle gloire douce

Crie qu’elle est seule à toy,

Que je chante sous la loy

De ma lyre et de mon pouce.

Ne vois-tu comme elle vole

Cà bas en dix mille lieux,

Ains comme elle vole aux cieux

Par le vent de ma parole ?

Ja ton Languedoc se vante

D’honorer son nourrisson,

Fait immortel par le son

Du Vandomois qui le chante.

Quoy ? c’est toy qui m’eternise,

Et si j’ay quelque renom,

Je ne l’ay Paschal, sinon

Que par ta voix qui me prise.

Car jamais le temps n’ameine

Comme aux autres, des oublis

Aux escrits qui sont polis

De ta langue si Romaine.